Roman contemporain, Romance

VOSTFR (version originale sous-titrée français) d’Elodie Torrente

Je tiens à remercier très chaleureusement NDB éditions pour ce service-presse !


Vostfr est le prochain roman d’Elodie Torrente qui sortira le 4 mai 2018. Déjà disponible à la précommande, vous pouvez le retrouver ici .Il sera aussi disponible dans toutes les librairies.  je vous invite à faire un tour sur le site de l’autrice très intéressant et complet : par là. Vous pourrez par ailleurs y découvrir quelques-uns de ses avis sur ses différentes lectures ainsi que sa biographie. Une phrase aura d’ailleurs retenu mon attention :

« Pourquoi j’écris ? La réponse est complexe. Du coup, j’écris. »

C’est si vrai et juste.

Ce récit aborde une thématique au goût du jour, importante, sur laquelle nous devrions tous nous pencher pour y réfléchir : la surdité.

Nina est une jeune femme sourde ; elle l’a toujours été. Elle s’en accommode, vit même plutôt bien avec, ayant grandie dans un cocon familial tolérant et à l’écoute. Mais voilà, Nina, elle, ce qu’elle veut, c’est devenir actrice. Depuis toujours, elle ne peut pas comprendre ces films sur DVD en raison de l’absence des sous-titres pour les sourds. Au cinéma ? C’est pareil. Mais Nina est déterminée, ambitieuse. Surtout, elle ne conçoit pas ce clivage dans l’inconscient collectif. Pourquoi le fait d’être sourde l’empêcherait-elle de crever le grand écran ? Non, elle en a à revendre, elle a du talent. Quand un casting pointe le bout de son nez pour interpréter un rôle de figuration dans l’un des longs-métrages les plus prometteurs au côté de Sullivan Juhel, la jeune femme n’hésite pas une seconde.
Et il se pourrait bien que cette initiative bouleverse sa vie, celle de Sullivan, mais remette aussi en questions bon nombre de ce que l’on croit acquis.

 

 

 

Nous pouvons remercier l’autrice et sa maison d’édition pour oser. Oser écrire un récit avec des personnages sourds… qui met une claque à ceux qui oublient qu’il y a une minorité qui a besoin qu’on la considère. Besoin ? Non, ce devrait être normal. Naturel. Humain. Le fait d’aborder cette thématique dans le milieu cinématographique est une excellente idée pour démontrer, avec tact, cynisme et humour, parfois plus dramatique, l’injustice qui règne vis-à-vis de cette « communauté. »

Le premier point à aborder serait l’originalité de la narration.

Nina reste le personnage central du récit, aussi nous pouvons l’observer, vivre avec elle en profitant d’une narration d’un point de vue interne. Ceci nous permet entre autres de découvrir sa « voix » profonde, tout ce à quoi elle pense. Cela met l’accent sur le fait que sourde ou non, elle interagit avec le monde comme n’importe qui, ce que l’on a tendance à oublier. Plus encore, c’est à travers ses yeux que l’on peut comprendre et assimiler aussi les contraintes de sa surdité, tout son vécu. Elle explique certains systèmes qui peuvent lui faciliter la vie, comme son implant auditif. D’un autre côté, nous avons une narration à la troisième personne du singulier : on est alors mis plus en retrait, témoin de ce qui se déroule dans leur vie. Nina, elle aussi, est découverte une caméra sur l’épaule. Cette distanciation instaure une certaine frontière qui, comme peut s’y essayer Juhel, nous pousse à vouloir la dépasser. Assistant aux évènements en tant que spectateur, il nous tarde de découvrir les pensées de Nina Keps en suivant. Un peu comme si nous étions en quête d’un certain équilibre, d’un entre-deux indispensable pour mieux s’immerger et comprendre l’histoire ainsi que les protagonistes. Subtilité ? Fort probable !

Qui plus est, il y a des choix scénaristiques si l’on peut dire un peu curieux à la lecture, mais qui prennent tout leur sens : notamment un long passage en italique que l’on évitera d’aborder pour maintenir la surprise.

Que ce soit du point de vue de Nina ou en tant que témoin-spectateur, VOSTFR nous narre l’histoire des sourds, de ces combats menés pour légitimer et faire reconnaître leurs identités.

Tout ce parcours pluriséculaire ayant pour seul objectif d’admettre qu’au-delà d’un handicap, ce sont des êtres humains avant tout.

Nous plongeons parfois dans l’horreur, réalisant tout ce qu’ils ont pu subir par le passé, l’indifférence voire la répulsion. Nous nous outrons des injustices encore actuelles et nous n’en souhaitons que plus ardemment mener le même combat que les personnages si tant est que l’on soit touché par tout ce qui nous est raconté, expliqué ou pointé du doigt.

Petit bonus, on peut apprendre quelques mots en LSF (Langue des Signes Française) si on essaie de suivre à la lettre les descriptions de l’autrice au cours du récit.

Il ne faut pas appréhender que toutes ces explications soient lourdes, listées et énumérées. Tout est bien imbriqué dans l’intrigue, ce qui permet une certaine fluidité de lecture. Ce n’est pas un documentaire écrit ou un ouvrage sur l’histoire des sourds. Il est question d’un roman avec une jolie et intense histoire d’amour en fond.

Nina est une héroïne très, très humaine. L’on peut insister sur ce point, puisqu’il faut admettre que vous ne serez pas toujours d’accord avec ses décisions, ses réactions. Comme tout le monde, elle fait des erreurs et elle a ses humeurs. Nous sommes très loin de la Mary Sue, bien au contraire. Sourde ou non, elle est indépendante, franche et, bien qu’elle ait bon cœur, elle peut mordre. Ce n’est pas non plus une petite fille sage : sa sexualité est décomplexée (non, pas d’érotisme pur), elle fume de l’herbe, elle fait la fête jusqu’à tard dans la nuit… Quoi ? Une jeune femme presque comme toutes celles de vingt ans ?

Oui, c’est exact. Vous voyez très certainement où nous souhaitons en venir, tout comme Elodie Torrente.

Nina est très nuancée, donc. Pas de manichéisme. Il se pourrait que vous tapiez du pied, écarquilliez les yeux, rouspétiez ou ayez même envie de fermer le livre le temps de digérer. Mais il se pourrait aussi que vous soyez amenés à sourire, acquiescer, vous détendre ou soupirer de soulagement (ou pas ?) Cette jeune comédienne en herbe risque de jouer avec vos nerfs !

Sullivan Juhel est en revanche moins nuancé, mais ce n’est pas rédhibitoire. C’est un héros séduisant, talentueux et entier. Il excelle en tant qu’acteur — ce qui le rend d’autant plus attachant lorsqu’il peut passer un temps fou à s’imprégner d’un rôle au point d’avoir à cœur tout ce qu’il doit interpréter. Juhel est un homme que l’on aimerait toutes avoir ; non, il n’est pas parfait pour autant… mais nous sommes loin de l’indécrottable bad boy que l’on a tendance à retrouver dans des romances. Sul’ incarne une certaine maturité utile pour VOSTFR, il est aussi celui qui se trouve « de l’autre côté » de la barrière. Il est très intéressant de le voir évoluer, échanger avec Nina ou tenter de comprendre (quoi donc ? Lisez.)

On apprend et on voyage aussi à travers le monde, le tout très bien décrit. On s’évade sans bouger de notre fauteuil !

En conclusion, VOSTFR est ludique, agréable, profond. L’autrice sait manier les mots avec justesse, soutenus par un vocabulaire riche, sans pour autant complexifier la narration. Nous félicitons tout le travail de recherches entrepris pour l’écriture de ce livre.

C’est un roman court de 220 pages que nous devrions sans doute tous lire un jour pour nous sensibiliser.

« Si le sourd n’a pas entendu le tonnerre, il verra bien la pluie. »

« Personne n’est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. »

 

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1 thought on “VOSTFR (version originale sous-titrée français) d’Elodie Torrente

  1. Le film « La famille Bélier » a sous-titré les parties signées. Seulement les parties signées. Pourquoi ? Avec un titre aussi porteur pour ouvrir des portes, ce film les a juste entrebâillées. Dommage non ? Hâte de lire ce livre ! Bravo à Elodie Torrente.

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