Erotique, Romance

T.1 Prude à Frange – Premier Round de C.S Quill

 

 

 

CS Quill a été découverte via la plateforme Fyctia ; ses deux romans Burning Dance et Burning Games ont cartonné. En ce début d’année, les éditions Hugo publient un nouveau récit de sa plume : Prude à Frange — premier round. Cette histoire a participé au concours Dark Attraction pour le simple plaisir et l’accueil a été plutôt chaleureux, la hissant sur le podium (même si elle n’allait pas à la finale par souci d’éthique.) Une nouvelle New Romance s’alignant avec deux sorties de la même famille Hugo : Endless Night d’Estelle Evevery et Mutine d’Alexia Deafly. Pourquoi ? Puisque là aussi est évoqué un club très select où le sexe règne en roi.

                Cadence s’est élancée dans une quête qui pourrait lui coûter très cher : retrouver son amie d’enfance qui n’a plus donné signe de vie depuis qu’elle a intégré le Round. Pour cela, elle n’a d’autres choix que de suivre ses traces. Si les premiers tests sont concluants, du fait d’une particularité qui fait d’elle une rareté dans le milieu : sa virginité, la jeune femme se voit néanmoins confrontée à Mas, un tuteur censé la prendre sous son aile et la modeler pour ce qu’elle doit devenir au sein du Round… sans la toucher. Si dès le début, cette relation fait des étincelles et sombre sous la bannière de la haine ou presque, Cadence sait qu’elle doit encaisser, prendre son mal en patience pour percer et se rapprocher un peu plus de son amie disparue.

 

 

Un grand merci à CS Quill d’avoir répondu à de mes questions posées de but en blanc, héhé !

     Prude à frange est une New Romance assumée du début à la fin, couplée par un petit côté suspense qu’agrémente l’enquête de Cadence. On ne s’y attarde pas pour autant, mais cette branche de l’intrigue titille la curiosité du lecteur et donne une autre profondeur à l’histoire. Il nous tarde de savoir ce qui est arrivé à cette amie d’enfance.

Les personnages sont tous les deux forts : Cadence, l’héroïne, est une femme très maladroite frôlant le burlesque, au caractère bien trempé. Un pendant qui lui cause bien des ennuis, mais elle sait rire de ses défauts : comme le fait qu’elle n’est pas taillée comme un bâton de glace esquimau. Elle a son charme bien à elle qui en fait un protagoniste original et rafraîchissant. Elle a toujours une réplique cinglante à lâcher, un sarcasme percutant qui peut couper le bec à un colosse – sans compter ses expressions bien à elle qui participent à l’humour. Cadence tranche dans l’univers dans lequel elle s’imbrique, pleine de détermination.

Une héroïne (à frange) qui bute contre Mas, un héros en qui l’on reconnait les traits habituels : un homme sombre, qui n’est jamais en manque de vilains mots, agressif, mystérieux… Il n’est en revanche pas un adonis ténébreux comme on peut en voir à la pelle. Mas est à vrai dire un certain reflet miroir du Round : s’il n’est pas spécialement beau, il se dégage de lui un sex-appeal du feu de Dieu.  Son rôle en fait un héros atypique au départ, dérangeant, qui titille notre moral, mais on finit par s’y attacher. L’autrice a su petit à petit adoucir les rebords de Mas tout en respectant sa rudesse et son caractère, notamment en glissant quelques allusions à son background que nous découvrirons sans doute dans le prochain opus.

                Cette confrontation entre les deux héros nourrit les différents émois du lecteur : il peut passer de la colère, frustration aux sourires, amusés par certaines situations cocasses et autres disputes hautes en couleurs.

Le fait que Mas ne puisse pas toucher Cadence et lui apprendre le « métier » rend ce couple très sensuel, frustrant et nous plonge avec eux dans la complexité de leur relation et de leurs émotions souvent néfastes. Leurs psychologies sont mises à rude épreuve. Nous n’irons pas jusqu’à dire que c’est encore une fois un jeu du chat et de la souris… C’est même compliqué à expliquer. C.S Quill joue sur la tension sexuelle entre les deux héros : elle vous offre un savoureux hamburger pour ne vous en donner qu’un bout de tomate pas cuite. Vous voyez ? L’autrice est redoutable et sadique. En malmenant ses pauvres héros, elle nous pique de sa fourche aussi. Diabolique.

L’écriture est fluide, simple, elle va là où il faut aller. Un regret cependant serait l’omniprésence de « bordel » ou de « putain » surtout lorsqu’il est question du point de vue Mas. On peut avoir l’impression qu’il y en a toutes les dix lignes par moment. Mais on peut aussi remarquer quelques petits choix de mots subtils, tel que le fait que Cadence — qui ne se fait plus appeler que par un surnom en particulier — utilise beaucoup le verbe « cadencer » pour aborder le rythme — même Mas, d’ailleurs. Il faut néanmoins s’attendre à une certaine crudité au vu du contexte abordé. Les choses sont dites avec une vulgarité assumée, souhaitée tout comme la sexualité. Il ne faut pas s’étonner de parfois être heurté par un vocabulaire dur, agressif, et qui peut mettre mal à l’aise ceux qui n’y sont pas habitués. Mais dans un monde tel que le Round, il ne faut pas s’attendre à des petites licornes et des chocolats autour d’une coupe de champagne, et encore moins à des petits noms pour désigner le sexe (non, pas de « petit abricot » ou « sceptre de jade »). C’est cash comme Mas.

C.S Quill a créé son propre univers : le Round. Son système, sa façon de recruter, de procéder, le principe de la tutelle, les différents clubs, la hiérarchie… Un univers unique au service de l’intrigue et dans lequel va évoluer Cadence. Une héroïne qui n’a pas froid aux yeux, prête à tout pour retrouver son amie… même à se perdre elle-même. Puisque le Round est écœurant, déroutant, met à mal notre moral. On grimace, on s’injure, on grogne. Et il est fort probable que les lectrices puissent s’interroger : est-ce que j’en serai capable ? Est-ce que pour ma meilleure amie, celle qui a donné un sens à ma vie, l’a sauvé, je suis capable de sombrer ? De faire taire tous mes principes, mes valeurs, mon intégrité et ma dignité ? Cadence se retrouvera souvent confrontée à des situations qui hérissent nos poils, nous fait écarquiller les yeux et nous indigner. Mais ce malaise participe à la communication, ce partage, entre l’histoire et son lectorat.

Ce premier tome finit en suspense. Heureusement, le second est sorti le 1er mars 2018. La version papier ne devrait plus tarder pour le Premier Round.

Si vous aimez l’érotisme, la frustration, l’humour, un univers sombre et dérangeant ainsi que les héroïnes maladroites, mais drôles, un héros torturé et brute de décoffrage, Prude à Frange est fait pour vous !

Mais qui est le mieux placé pour vous parler de ce livre autre que l’autrice elle-même ?

Je vous laisse avec C.S Quill.

 

Publicités

3 thoughts on “T.1 Prude à Frange – Premier Round de C.S Quill

    1. Haha ! Quand j’ai vu que mon commentaire Amazon ne passait pas à cause de sa taille, j’ai compris qu’effectivement, j’ai mal jaugé ! Ça ne m’était jamais arrivé !
      Pour le chocolat, c’est pour le côté « guindé » avec la coupe de champagne, avec des gens qui se cacheraient la bouche en gloussant comme des pintades. Tu vois l’ambiance ? Héhé
      Oui, Prude à Frange reste une New Romance portée sur la sexualité et le « Bad Boy », il faut donc un minimum apprécier cela pour passer un bon moment de lecture. Pour ceux qui sont plus réticents… moins évident.
      Merci pour ta lecture de cette Chronique, en tout cas !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.