Fantasy

T.1 Mojunsha, Panthère-des-ténèbres de Sara Pintado

Je remercie les éditions Noir d’Absinthe pour ce service-presse et leur confiance !



 » Malgré de nombreuses expéditions dans l’océan du Talmud, Sara ne pose jamais longtemps sa plume. Nourrie dès l’enfance par des écrits aussi variés que la Torah, l’Odyssée ou la Légende Arthurienne, elle aime façonner des univers exotiques et les remplir de personnages aux multiples facettes. « 

Biographie disponible sur le site de l’éditeur

La couverture est signée Virginie Carquin que nous avons aussi pu découvrir sur un roman de la même maison d’édition, Éternelle Odyssée !



Plus de huit cents ans après la chute des Rois-Panthères, les Kunji constituent la caste la plus méprisée du Royaume Mojun. Leurs tentatives pour renverser la dynastie des Mojunsha se sont toutes soldées par des échecs.

Japsaro, descendant des Rois-Panthères, passe un pacte terrible avec Panthère-des-ténèbres, l’un des Avatars du Grand Dieu, afin de rendre aux Kunji leur prestige d’antan. Est-il cependant prêt à tous les sacrifices que lui demande Panthère-des-ténèbres en échange de son soutien ? Et surtout, sert-il vraiment sa cause ou n’est-il qu’un pion dans les luttes des Avatars du Grand Dieu ?



Sara Pintado et Noir d’Absinthe nous propose le premier tome d’une saga fantasy très originale dans le contexte et le folklore abordés. Est-ce surprenant ? Non, c’est un peu la signature des éditions NdA.

Huit-cents ans se sont écoulés depuis la chute de la dynastie des Rois-Panthères. Les kunjis — ou pieds-trempés — sont désormais la caste la plus mal considérée du royaume dirigé à présent par les Mojunshas. Peu de droits, peu de considération, des conditions de vie déplorables et une surveillance accrue… Leurs espoirs qu’un jour le Roi du Nord vienne les libérer les plongent sous un règne de tyrannie, où chaque prophétie murmurée peut conduire à la décapitation.

Parmi ce peuple, Jasparo, sa sœur Nayti et leur mère sont les descendants de la lignée des Rois-Panthères. Au service du gouverneur de l’île d’Oiseau de feu, ils sont plutôt bien traités ; Jasparo noue un lien particulier avec Aysso, la délicate fille de leur maître.

Mais en parallèle, un échiquier paraît se remettre en place, bouger à nouveau ses pions, loin du regard humain. Un conflit gronde entre les Avatars. L’ordre préétabli est menacé dans les sphères célestes.

Il suffit d’une décision, d’un choix d’une femme finalement, pour que tout chavire.

Les terres Mojun tremblent jusque dans le palais.

Quelle dynastie fera l’échec et mat ?

L’univers de Mojunsha est très particulier. Exit les pays aux consonances médiévales, et européennes. On se détache des ambiances Tolkien, G.R.R Martin pour aborder une toute nouvelle conception d’un monde fantasy. Partons plutôt au cœur de terres exotiques où cocotiers dissimulent des soldats armés, où les frangipaniers se plient au gré de la brise pour émaner leur doux effluve, et où la jungle est la principale scène des guerres et de la politique.

Les saros et turbans remplacent les cottes de mailles, armures et surcots. Les peaux brunes, hâlées, ébènes chassent les carnations habituelles. Les épées sont des sabres, les hallebardes des bâtons…

C’est un maelstrom de couleurs chaudes, d’odeurs sucrées de dattes, de miel, de safran, curcuma. Une explosion de tissus, dorures. Un mode de vie, des traditions, des mœurs qui se rapprochent de l’Asie et de l’Afrique que nous connaissons — à plusieurs détails près, bien entendu.

Même la religion apporte sa touche inédite. En fonction de l’heure de la naissance, les enfants sont prédestinés à un Avatar — une sorte de divinité animale. Ces Avatars servent ou appliquent les lois du Grand Dieu, celui qui est la source de « tout. » Mais dans cette hiérarchie céleste, ces entités sont eux-mêmes en proie aux tensions, entre les Avatars de la Clairière, les Indépendants… et interviennent dans le monde des hommes. Nous vous laissons découvrir un peu plus en détail ce qu’il en est, lors de la lecture : c’est une hotte de richesses et d’imagination dans laquelle nous plongeons bien volontiers.

Toute la construction de l’univers, des castes, de la monarchie, etc., est sans doute le plus gros point fort de ce texte. C’est un petit soufflet d’originalité qui est susceptible de prendre au dépourvu les plus friands du genre fantasy.

Concernant les personnages, ils sont nombreux.

Très nombreux.

Ce sera donc compliqué de tous les évoquer pour en glisser un petit mot au risque d’y passer un certain temps ou de noircir dix pages supplémentaires.

Néanmoins, nous ne pouvons pas considérer qu’il y ait vraiment un héros, un antagoniste. Les bons ou les méchants.

Chaque intervenant a sa psychologie, ses idéaux, plus ou moins louables, ses méthodes pour parvenir à ses fins, et il s’avère peu évident de conclure qui a raison ou qui a tort dans le lot.

Vous l’aurez compris : aucun manichéisme.

C’est à vous, lecteurs, de vous forger votre propre idée. Que ce soit le camp des Kunji, ou celui des Mojuns, à vous de décider qui vous soutenez d’une certaine manière.

L’intrigue est plutôt complexe à suivre, surtout si l’on doit prendre un certain temps pour s’habituer aux noms exotiques, au monde innovateur dans lequel nous tombons. Il y a plusieurs points de vue ce qui engrangent plus de conflits et d’enjeux qui s’entrecroisent ou se délitent.

Aussi, nous parlons bien de saga.

Le nombre de personnages évoqué est justifié, mais nous ne révélerons pas en quoi au risque de trahir toute la construction de ce premier tome et la suite.

Ce peut être toutefois à double tranchant : nous pouvons avoir quelque difficulté à réellement nous attacher à un personnage plus qu’un autre, ou, à l’inverse, comme un Game of Thrones, nous sommes amenés à choisir notre favori et à attendre impatiemment sa prochaine apparition.

La politique est sur le devant de la scène, les complots aussi. Entre faits d’armes, batailles et poursuites dans les îles et la jungle, c’est aussi un combat de stratégie et de réflexion.

L’écriture est accessible à tout le monde. Nous ne sommes pas dans une plume élitiste ou « pompeuse » qui oblige une concentration accrue pour assimiler le texte ou les mots. La lecture est fluide, simple et efficace, talentueuse dans ses descriptions et « juste ce qu’il faut » pour les émotions sans dérouler des introspections interminables.

Les narrations sont d’un point de vue interne au récit, qu’importe les personnages abordés. Nous sommes dans la tête de chaque protagoniste.

Les chapitres sont longs, mais séquencés par des parties datées : la fresque chronologique a son importance, libre à vous d’y prêter attention ou non. Il est néanmoins vrai que ce peut être vite laborieux de retenir toutes les dates et de calculer le temps qui s’écoule, puisque les ellipses sont assez nombreuses. C’est aussi parfois un simple « deux heures plus tard », par exemple, qui donne alors au texte un petit aspect scénaristique.

Le rythme varie et impose un tempo assez changeant : des parties du roman seront plus calmes, posées, et se concentrent sur la politique et la toile relationnelle, tandis que d’autres seront une explosion d’action, de stratégies militaires. Certains passages peuvent être un peu longs, mais tout ne peut pas être dynamique au risque d’essouffler le lecteur.

Mojunsha, Panthère-des-ténèbres de Sara Pintado est une innovation dans le genre fantasy. Une bouffée d’air frais dans ces rayons du genre qui finissent par se ressembler, trop ancré dans la bible Tolkien ou trop frileux pour s’éloigner du folklore bien connu. C’est un texte très riche, curieux dans sa construction et ses personnages, original dans son univers, mais c’est aussi un roman qui défend, en sous-marin, les conditions de la femme.

Très prometteur.

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