Fantastique

Sorcière de Chair de Sarah Buschmann

Je remercie les éditions Noir d’Absinthe pour leur confiance et ce nouveau service-presse !


« J’aime voyager à travers les livres et dans le monde, avec une pile de romans dans mon sac à dos. Grande amatrice de fantastique, mon appétit littéraire s’est peu à peu élargi à tous les mauvais genres, avec une prédilection pour les romans sombres et dérangeants. Mes différents penchants se sont rencontrés dans Sorcière de chair, publié à Noir d’Absinthe. Il s’agit d’un polar fantasy, se déroulant en Australie, où j’ai passé un an sur les routes. »

Biographie trouvée sur la page Facebook de l’autrice

 

Autrice de nouvelles, Sorcière de Chair est le premier roman Urban-fantasy horrifique de Sarah Buschmann, sorti chez les éditions Noir d’Absinthe. Il est le premier à rejoindre la collection « L’Antre de la Folie » et le 06 octobre 2018 est le grand jour de sortie.

 

 

Flic pour la Crim’, Arabella Malvo enquête sur une série de meurtres à Melbourne, faisant écho à un massacre perpétré sept ans plus tôt. Très vite, la Sorcellerie de Chair est suspectée, malgré qu’elle soit interdite et taboue depuis une inquisition moderne vouée à chasser les sorcières.
Arabella est troublée par ces découvertes macabres, frappée par leur ressemblance avec elle-même. Il se pourrait qu’un écho du passé jaillisse au moment le plus inattendu. C’est à corps perdu que la jeune femme va se lancer à la recherche du criminel, entrainant dans son sillage son équipier et d’autres visages de son présent… et ceux qui furent autrefois.

L’on peut dire que nous plongeons dans un univers extrêmement sombre, où le morbide côtoie le monde contemporain. Il est important que les âmes sensibles soient conscientes du contenu trash de ce récit qui flirte avec le macabre et le gore. Ce n’est pas gratuit pour autant ni un désir discutable de jouer avec l’horreur et l’estomac des lecteurs. Pas de Bisounours, de bonbons roses, ni de meurtres à peine effleurés dans les descriptions. Tout est décrit dans ses moindres détails, attisant l’imagination du lectorat, ses propres angoisses et martelant le mental pour le pousser dans ses retranchements. Si vous souhaitez un comparatif quant à la teneur de ces scènes, peut-être pourrions-nous évoquer American Horror Story (saison 6 « Roanoke », plus précisément.) — attention, la ressemblance soulignée s’arrête là et uniquement pour l’aspect « trash&glauque ».

Nous ne pouvons que féliciter l’autrice pour son imagination et cette sorcellerie qu’elle a créée de toutes pièces, l’adaptant à un monde contemporain. Sans dénaturer l’Australie (ou même les autres pays tels que nous les connaissons), elle a été capable de réinventer le contexte préétabli pour le plonger dans un mythe urbain, imaginatif et horrifique.

Forte d’une recherche appelant au respect et à des connaissances de l’ordre neurologique, médical, criminologique et psychologique, madame Buschmann crédibilise son texte et réussit à mêler le rationnel à l’aspect fantastique de la sorcellerie. Si certains passages nous font dresser les poils des bras par leurs précisions descriptives ou nous retournent le cerveau, aidés par un vocabulaire que nous ne maitrisons pas tous, issu des domaines cités plus haut, l’autrice sait nous garder avec elle en simplifiant par la suite ses explications et, donc, nous les rendre plus accessibles. En plus d’être ludiques malgré les circonstances dans lesquels nous trouvons ces termes, nous ne nous y perdons pas ni acquiesçons, l’œil dans le vide, comme devant un épisode de Docteur House.

C’est intelligent, créatif et glaçant.

Créatif, oui, puisque Sarah Buschmann fomente de nouvelles créatures au background réfléchi, innovant le genre et, même si c’est délicat de le dire pour un récit tel que celui-ci, rafraichissant. Nous ne partons pas dans un univers parsemé d’êtres nocturnes ou diaboliques, aux corps alambiqués ou purement surnaturels — par là, nous entendons des créatures si puissantes et charismatiques qu’il est évident qu’elles n’existent pas. La subtilité ici serait que le lecteur puisse se demander « Mon Dieu, et si cela arrivait un jour ? Et si mon voisin était un sorcier de chair ? Et si les troubles psychiques de ma tante au troisième degré furent causés par une sorcière… » Certes, nous poussons le vice dans cette chronique afin d’étayer nos propos.

Les voyages de l’autrice en terres australiennes ont permis d’offrir de meilleurs reliefs à son intrigue. Si plus haut, nous soulignions la crédibilité poncée grâce aux recherches et à la connaissance de Sarah Buschmann, elle est aussi présente grâce aux descriptions des décors, des lieux et du contexte autour. Une fois que la base est maitrisée, toute cette argile peut être modelée, façonnée, réfléchie d’une autre manière pour bâtir un nouveau concept. Nous voyageons jusqu’à Arabella Malvo, nous nous déplaçons d’une ville à une autre et découvrons des anecdotes liées à l’histoire du pays, parfois revisitée pour les besoins de l’intrigue.

Toute cette richesse gagne en ampleur grâce à la plume. L’écriture est d’un très bon niveau, sans être trop complexe, au vocabulaire varié et pointilleux. Il le faut au vu de la trame et de ce qui est décrit. Chaque mot est pensé, amené à recentrer notre imagination pour nous plonger dans celle de l’autrice.

La narration est à la troisième personne du singulier et au passé, ce qui nous permet de naviguer d’un personnage à un autre entre deux paragraphes et d’approfondir leurs ressentis sur l’instant. Peut-être est-ce même préférable qu’une certaine distance soit instaurée entre le lecteur et Arabella (ou les autres intervenants.) Une sorte de protection inconsciente, un bouclier qui nous garde des sévices infligés, vus ou de toutes ces scènes macabres.

Les personnages sont, eux, nuancés et torturés. Au revoir, le manichéisme. Tous les protagonistes ne sont ni blancs ni noirs. Arabella, l’héroïne, en est l’exemple parfait. Nous pourrions même la considérer comme un antihéros. Dans ce récit, pas d’individus à la plastique parfaite ou aux caractères lisses. Des physionomies cabossées, banalisées, loin des beautés parfaites. C’est de ces défauts qu’émergent le charisme et le charme des héros. Il en va de même pour leurs introspections, leurs backgrounds. Arabella est elle-même surprenante. Ses pensées décortiquées, analysées sont très intéressantes et rondement bien menées. L’évolution des protagonistes aussi. Aucun n’est laissé au hasard et le tout entraine le crescendo final.

Ce final qui, il faut l’admettre, sera à double tranchant en fonction du lectorat. Certains en seront ravis, d’autres beaucoup moins. À voir si, vous qui vous laisserez tenter, serait dans la première ou la seconde catégorie. C’est un pari osé, voire un peu culotté, mais qui a un impact non négligeable en terminant le roman.

Si nous prenons le temps de nous poser, l’on se dit que c’était inévitable dans tous les cas.

Sorcière de Chair est un roman intense, déroutant, déstabilisant même, mais très original tant dans ses thématiques que son intrigue. Il a toute sa place en dark urban-fantasy. Une histoire qui mêle l’horreur, le fantastique, l’enquête criminelle et la psychologie.

Quel est le meilleur moment pour lire ce roman ?

En plein cœur de la nuit, seul, avec un mince filet de lumière sous des draps froids… à l’heure où le mal rôde.

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