Science-Fiction

Royales : 16 clones, 1 princesse de Camille Versi

Ceci est une lecture personnelle


 

« À 23 ans, Camille Versi signe pour Hachette Livre son premier roman, Royales, repéré sur Internet. Son animal fétiche est le caméléon. C’est d’ailleurs derrière cette image qu’elle se cache sur la toile, postant chapitre après chapitre de ses histoires pour les confronter au regard de ses lecteurs.
Grande lectrice, elle dévore une centaine de livres par an. Naturellement, l’écriture l’attire depuis qu’elle est toute petite… Et elle la pratique depuis l’âge de six ans. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir d’autres passions : l’escalade, les jeux de société et les escape games sont ses occupations favorites. »

Biographie trouvée sur Hachette Romans

 

Camille Versi a été découverte grâce à Wattpad et sa première version de Royales, alors connu sous le titre de « Princesses clonées » ; encore active sur cette plateforme d’écriture, nous ne pouvons que vous inviter à découvrir ses autres récits tels que Réseau Royal ou encore Barbe-Bleue et Cheveux Roses.

 

La princesse Margaret est parfaite en tout point, excellent dans une multitude de domaines. L’héritière du Royaume-Uni est aimée de son peuple, admirée…
Mais la princesse Margaret n’existe pas en réalité.
Elles sont seize. Seize clones créés sur ordre de la reine Victoria II, inquiète que sa dynastie perde la couronne, afin de présenter la future souveraine aussi parfaite que possible aux yeux du peuple anglais en ces temps troublés.
Apparaissant à tour de rôle selon leur compétence, ces princesses mènent une vie de l’ombre où chaque geste est étudié, analysé. Le moindre faux-pas pourrait faire s’écrouler la monarchie.
Mais sur le trône, il ne peut y avoir qu’une seule reine.
Margaret-May est un clone parmi les quinze autres.
Et il ne devra n’en reste qu’une.

 

L’autrice et Hachette romans nous proposent une dystopie en plein cœur de l’Angleterre. Un pitch très original, incluant un clonage de princesse royale dans un futur plus ou moins éloigné. Camille Versi reprend la monarchie britannique et la modélise à sa guise afin de servir son intrigue politique, un brin angoissant où le moindre fait et geste aura ses conséquences.

Autre côté atypique est de créer un univers dystopique, avec une intrigue aussi riche, en un one-shot. C’est toutefois une réussite et même si la curiosité fait son office à la lecture du dernier mot, cette volonté d’en savoir davantage, de prolonger l’aventure, le roman se suffit à lui-même à bien des égards.

Mettre en scène seize clones est un pari risqué, un challenge que Camille relève néanmoins avec brio. La première appréhension se porterait peut-être sur l’idée que seize point de vues seraient relatés en 400 pages. Nous n’avons cependant que celui de May, protagoniste principal, qui nous emporte avec elle dans sa vie régentée par l’étiquette, les cours et les ordres de la Reine, au fond d’un sinistre bunker. A travers ses yeux, nous apprenons à connaître celles qu’elle considère comme ses sœurs, chacun avec ses particularités, qualifications et une identité/caractère propre. Et nous découvrons le monde, du moins, ce qu’elle en sait.

La première interrogation que peut poser mademoiselle Versi est au sujet du clonage. Un problème éthique et moral qu’elle aborde en en faisant le premier noyau de sa bobine. Tout du long de l’histoire, le lecteur est titillé consciemment ou non sur cette thématique, s’interrogeant sur la conception même des sœurs, sur leur humanité et leur légitimité. De multiples questions sont ainsi posées au fil de la lecture, glissées aussi dans la narration, intégrant quelques twists et situations sous tension, où l’issue n’est pas toujours celle à laquelle on pense.

Royales n’est pas un roman emplit d’action ; nous ne sommes pas immergés dans une ambiance à la Hunger Games ou Divergente, ces récits devenus populaires, aux héroïnes débordantes d’énergie et de courage. Ici, l’autrice nous dépeint May comme une jeune femme altruiste, morale, mais qui admet ses peurs, ses appréhensions et, parfois, sa couardise. Très curieux pour un clone d’éprouver de telles sentiments, de telles émotions, qui ne font que la rendre plus humaine. Si May n’agit pas toujours comme nous pourrions l’espérer, elle reste fidèle à elle-même jusqu’au final. Sa cohérence reste intacte et nous n’assistons pas à un brusque virage dans son caractère ou sa ligne de conduite. Toutefois, ses quinze autres sœurs interviennent elles aussi et permettent des interactions capables de satisfaire les lecteurs, en apportant d’autres richesses que May n’a pas forcément. (Il peut être amusant que les princesses remplissent leur rôle même auprès des lecteurs.)

Seize personnages, sans compter les secondaires, c’est énorme. Camille réussit à ne pas s’y perdre et à nous les rendre attachantes (ou non) par le biais de May. Certaines sortent un peu plus du lot, en fonction de l’affection qu’éprouve l’héroïne principale ou par la tournure que prend l’intrigue.

Nous pouvons aussi apprécier la grande qualité de recherches de l’autrice, qu’il soit question des décors (Buckingam Palace, par exemple) ou du fonctionnement de la monarchie. Ce sont parfois des détails qui font cependant toute la différence et colore notre imagination, nous permettant de mieux situer le contexte dans lequel évolue les clones.

L’histoire reste posée, calme en elle-même, ponctuée de retournements de situations, de trahisons et où la vérité se dissimule dans les recoins des faux-semblants. Les masques tombent, se remettent en place ou prennent un nouveau visage. Pas de course poursuite ou de combats, la psychologie est traitée sur le devant de la scène. Camille Versi brode ses personnages avec soin, soufflant le chaud et le froid, par exemple avec la Reine Victoria II. Certains protagonistes sont plus en retrait, peut-être que certains éprouveraient quelques regrets de ne pas en avoir appris plus sur leur compte.

Au final, ce rythme – connaissant tout de même des montées d’adrénaline lors de certaines scènes -, pousse le lecteur à la réflexion. Est-ce que le pouvoir est si attirant ? Serions-nous prêts à trahir nos proches pour lui ? Un clone vaut-il moins qu’un être humain ? Et tant d’autres que nous vous laissons libres de vous poser.

L’écriture est fluide, moderne, et sert très bien le récit. Les quatre cent pages défilent à une vitesse folle. Les chapitres sont courts, mais efficaces ; certaines fins de ces derniers tiennent en haleine et invitent le lectorat à poursuivre pour connaître la suite. Autant dire que Royales est un page-turner qui offre certaines pauses pour mieux repartir ensuite.

Trahison, amitié, politique, amour, diplomatie et introspections, Royales est un très bon premier roman qui peut s’adresser à tous, d’un public adolescent à celui d’adulte.

Camille Versi semble prévoir un petit spin-off pour faire plaisir à ses lecteurs (et sans doute à elle aussi.) Nous ne dévoilerons néanmoins pas sur quoi il portera, par souci de spoils. C’est d’ailleurs pour cette même raison que cette chronique s’avère succincte. Il y a tant de choses à dire, mais si peu que l’on peut révéler.

 

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