Comédie, Roman contemporain, Romance

Ouais… mais non ! (tome I) de Luna Joice – SAGA

Luna Joice a fait ses armes sur Wattpad, où sa saga Ouais… mais non ! a décroché un Wattys pour son écriture originale et son récit déjanté. Fière d’une importante communauté dévouée et conquise par son style et ses folies qui font le plus grand charme de la plume, l’autrice est libre de se disperser en différents genres tels que Gadrel, Lucy ou encore Putain de lundi ! sans perdre son essence ou ses lecteurs.

Aujourd’hui, Luna Joice a décidé de voguer sur d’autres flots : ceux de l’autoédition. Après une aventure sur Fyctia qui l’aura conduite à une finale avec Lucy dans l’univers du fantastique, elle reprend les rênes de Ouais… mais non !, un roman d’un genre qu’il est difficile de qualifier afin de le dépoussiérer, déblayer, le poncer et le proposer à un public plus large.

Emma est une jeune femme ayant décroché le job de ses rêves : graphiste dans une grande boite de publicités. Cela lui permet, en outre, de tourner la page sur un amour qui lui a laissé des séquelles, mais sur lequel elle refuse de s’attarder. Elle n’est pas une princesse en quête de son prince charmant. Les paillettes et les licornes, très peu pour elle.
Oui, Emma parait être une femme ordinaire : future working-girl, un chagrin d’amour dont elle se remet, une famille aimante, une vie prenante… sauf qu’un petit détail ponctue son quotidien en le rendant plus pétillant… et usant.
Les Douze.
Ces douze personnalités ayant élues domicile dans sa tête et qui commentent chacune de ses actions ou presque, faisant partie intégrante de sa vie au point de parfois créer des réunions de crise afin de décider à la place d’Emma.
Cette légion de « Madame » se met en branle-bas de combat lorsqu’Emma tombe sur un mystérieux inconnu en surfant sur le net. Un homme qui semble mettre un coup de pied dans le « joyeux bordel » bien établi de la jeune femme.
Qui est ce M. Mystère ? Quel secret s’échine-t-il à dissimuler ? Et pourquoi est-il capable de chambouler à ce point les Douze ?

 

 

Ouais… mais non ! flirte avec diverses frontières : chicklit, comédie, New Romance, difficile de se décider et de catégoriser ce roman une bonne fois pour toutes. À vrai dire, pourquoi s’embêter à le cataloguer ? Sa diversité des genres fait son charme tout comme l’écriture de Luna Joice qui se révèle singulière, atypique, comme une signature dont elle seule connaitrait les courbes et les points.

Autre point à ne pas négliger, l’autrice clame haut et fort son aversion pour les clichés. Il faut donc s’attendre à quitter les sentiers battus pour s’aventurer en pleine savane, là où peu ont l’habitude de mettre les pieds. Cela commence dès son entrée en matière où Luna met en garde ses nouveaux lecteurs tout en leur faisant une promesse (que vous découvrirez par vous-mêmes ou en furetant sur sa page Facebook où vous tomberez sur une petite vidéo dans laquelle Luna vous lit ce fameux passage.) Certains seront sur le qui-vive, happée par le message on ne peut plus clair qui leur est adressé, d’autres se mettront sans doute en tête de mettre au défi l’autrice de respecter sa parole. Luna provoque, titille, invite et secoue son lectorat pour mieux les préparer à s’immerger dans son monde.

Ce premier tome prend bien place dans un contexte contemporain, en plein cœur d’une ville que l’on n’identifie pas vraiment ; dans tous les cas, c’est un milieu urbain dans lequel évolue Emma et ses Douze. L’écriture appuie l’époque et les décors, restant dans le moderne et l’éloquence familière qui nous parle tous.

L’humour tient une part prépondérante du récit entre les Douze et leurs interventions surprenantes ou hilarantes, le caractère d’Emma qui s’émancipe de sa clique ou de ses longues discussions avec M. Mystère. Difficile de ne pas comprendre à quel point l’autrice aime rire et s’amuser au travers de son récit, des traits d’humour et des plaisanteries distillées au fil des pages.

Si le premier tome fait environ six cents pages, cette légèreté, les rires et sourires ainsi que l’écriture en elle-même, aide à la lecture sans tomber dans la lourdeur. Il peut y avoir quelques longueurs, ce qui est normal, afin de maintenir une courbe allant du haut vers le bas et mieux remonter ensuite. Cela nous permet entre autres de ne pas nous écœurer d’un trop-plein ou d’un pas assez. Il nous faut compter aussi sur la mise en page des plus originales. Les échanges SMS entre M. Mystère et Emma sont illustrés. Vous découvrirez donc des bulles telles que nous les connaissons dans l’interface de nos téléphones portables. C’est en outre ce qui compose une bonne partie de l’ouvrage et donne cet aspect « petite brique » que beaucoup adorent.

Attention néanmoins, ne vous y trompez pas. Si des émotions personnifiées interviennent et peuvent même être considérées comme des protagonistes à part entière, nous sommes très loin du film Disney de 2015 Vice-versa que certains ont tendance à évoquer en découvrant le pitch de Ouais… mais non ! Nous en sommes très loin. Luna Joice est d’ailleurs explicite sur le sujet : « Emma reste l’héroïne du récit ; les Douze sont des personnages qui animent sa vie, mais ne font pas l’aventure en elle-même. Elle a d’ailleurs bien conscience de ses “Madame” avec qui elle échange au quotidien. » De plus, l’idée de sa trame a germé bien avant la sortie du film. Nous préférons le préciser afin qu’aucun amalgame ne soit fait et que vous preniez plaisir à la lecture sans a priori !

Nous avons donc Douze « Madame » qui personnifient les émotions d’Emma : Madame Colère, Madame Impatiente, Madame Sexy, Madame Cynique, Les « Madame Pâquerettes » (on vous laisse imaginer quelles émotions elles symbolisent) et quelques autres qui font tout ce que le caractère d’Emma est. Elles n’hésitent pas à interagir entre elles entre burlesque et sarcasme ou en interpellant directement leur hôte, Emma. Chacune est susceptible de prendre le pas sur les autres à un moment ou un autre, permettant à l’héroïne principale d’appréhender les évènements et/ou situations d’un certain point de vue. Débats, blagues loupées, introspections dynamiques, il est fort probable qu’un certain nombre de lecteurs s’y retrouvent : quelques-uns peuvent s’être déjà parlés à eux-mêmes, débattus en silence en s’inventant des conversations imaginaires et nous en passons. Emma, elle, a réellement douze entités à qui s’adresser pour clarifier sa vie, ses doutes ou prendre des décisions. En outre, elle ne fait jamais ses choix seule (quoique même cette vision reste sujette à l’interprétation. Si ces Douze sont Emma, peut-on dire qu’elle est seule ou non ?)  Ce n’est en revanche pas dit que les interventions des Douze soient toujours salutaires… !

Emma est bien une héroïne quelque peu complexe au vu de la multitude d’actions et réactions possibles et inattendues. Elle joue sur les stéréotypes, mettant un coup de pied dans les clichés de la femme tout en étant parfois plus souple sur les caricatures à bon escient : ses contradictions la rendent humaine, qualités comme défauts sous le bras. Femme préparant son indépendance, en quête de soi finalement, elle se heurte à la vie active, ses désillusions, mais surtout à ses espoirs. Avec ses tocs, sa franchise et ses frasques, Emma est un personnage très attachant qui joue autant sur nos nerfs que sur notre affection. Nous restons que de son point de vue pour ce premier tome, subissant, découvrant avec elle toutes ses bonnes comme mauvaises aventures.

Nous ne ferons qu’évoquer brièvement M. Mystère qui représente le noyau de l’intrigue. Mystérieux (vous l’aurez compris), drôle lui aussi, intéressant et curieux, ce héros est une énigme qu’il faut résoudre. L’autrice dissimule de nombreux indices subtils ou non, forçant les lecteurs à guetter la moindre information au risque de tomber dans les chausse-trappes et autres dérivations élaborées par le sadisme de Luna Joice et son plaisir de jouer avec nous. Tout comme Emma, on s’interroge sur ce qu’il cache, s’évertue à ne rien laisser filer. Cinq cents pages où nous nous triturons les méninges, restons aux aguets, avides de relever le moindre détail qui fera la différence.

Jusqu’au crescendo final.

Entre ses sauts d’humeur, ses taquineries, ses tentations et séductions, M. Mystère est susceptible de conquérir les cœurs.

Les personnages secondaires sont un peu plus en retrait bien que nous ressentons le désir de Luna Joice de les introduire pour préparer la suite. Eva, la sœur, « Pluto », le collègue de travail, l’ex petit-ami… sans plonger dans un méli-mélo d’une centaine de protagonistes, nous discernons avec facilité ceux qui seraient capables d’avoir un certain impact dans les futurs tomes.

Ouais… mais non ! est en conclusion un roman très original, atypique, bien qu’il reprenne un thème récurrent dans la littérature. Il sait se démarquer des autres et apporter une autre lecture. Pas de catégorie, pas de genre, il brandit sa propre bannière et le revendique. Un coup de poing à la New Romance ou à la Chicklit, un vent de fraicheur acidulé en cette période estivale. Une bonne fluidité, une simplicité suffisante, un premier tome qui se lit comme on boirait du petit lait.

Luna Joice prévoit au moins cinq tomes. Au vu de la fin de celui qui ouvre le bal, autant dire que les lecteurs en appelleront à la suite au plus tôt. Il se pourrait néanmoins que l’autrice ait elle aussi une Madame Impatiente pour comprendre notre frustration.

Sa Madame S. a sévi…

Le tome II arrive bientôt !
Publicités

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.