FYCTIA

[New Romance] Everywhere, with you de Phoenix B.

A l’aube de ses 26 ans, Shad Caldwell se jette tête la première dans un road trip sans fin sur les routes nord-américaines. Il boycotte son avenir tout tracé pour se consacrer à sa passion, la photographie. Le destin va placer sur sa route la jeune Sam, fuyant une vie trop rude. Au détour de leurs explorations, ces deux âmes brisées se rapprocheront, plus que de raison. Mais dans cette quête, Shad et Sam pourront-ils se trouver eux-mêmes ?

Certains se souviennent peut-être de Phoenix comme l’une des finalistes du concours VSD 2016 avec son apprécié Pine Lake Resort, où elle a été choisie comme Coup de Cœur par Fyctia. D’autres auront découvert sa New Romance lors du concours Nuit Blanche, The Spinx – Westwood Twins, là encore : Coup de Cœur. Du succès à chaque récit, de la reconnaissance. Et maintenant, elle nous embarque au nord des Etats-Unis avec Everywhere, with you, une nouvelle New Romance pour ce concours (N)ever.

Ma première surprise a été de la trouver aussi bas dans le classement et, une nouvelle fois, je me suis sentie désarçonnée par certaines injustices, comme le fait qu’une plume aussi soignée et douée que celle de Phoenix ne puissent obtenir quelques honneurs supplémentaires.

Quoiqu’il en soit, Phoenix nous propose un récit de road trip ; si quelques-uns ronchonnent en fulminant sur le côté « déjà-vu » de la forme, le fond peut s’avérer différents. On peut constater que les personnages d’un road trip peuvent être en quête d’un but personnel, qui leur est propre. Ici, nous avons Shad et Sam, tous deux marqués : l’un coupable, l’autre victime. Ces deux êtres se confrontent, se cherchent et s’apprivoisent, encore tourmentés par leur passé respectif.

Phoenix B. a écrit:
Extrait : 

« – Hé, tout va bien ? Est-ce que je peux t’aider ?
Elle grommelle un genre de « non » sans même me regarder. Quand elle finit par le faire, je me prends un uppercut en pleine gueule. Ses yeux me scrutent, attendant sûrement que je dise ou fasse quelque chose. Moi, je suis subjugué. Par ses iris d’un bleu vert incroyable. Par ce que j’y lis en quelques secondes à peine. Douleur. Peur. Détermination. Comment un regard peut-il être si expressif ? […] J’ai les clichés que je voulais, mais en attendant de pouvoir retourner au Van, je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qu’aurait rendu ce regard caraïbe avec mon 
Leica. »

C’est par un pur hasard qu’ils se rencontrent et c’est de ce hasard que se déclenche ce voyage en quête de rédemption pour l’un, une quête de soi pour l’autre sous couvert d’une fuite désespérée. Dans ce Van, dont Shad est le propriétaire, les deux héros se cloisonnent dans un huis-clos salutaire ; c’est dans un lieu confiné que, au final, ils parviennent à respirer. Une bulle est créée, laissant place à la psychologique. Les introspections sont bien menées, claires, crédibles et sensibles. Les protagonistes nous sont très vite empathiques, attachants et on éprouve le désir de les rejoindre sur les routes américaines, à la recherche de lieux abandonnés et de vieux cimetières. Malgré l’entendue qu’ils parcourent sur les routes, l’intimité est bien là, omniprésente.

Phoenix B. a écrit:Extrait : 
« Mes jambes me démangent tellement l’envie de courir est forte. Je me retiens, je veux savourer chaque seconde. Je marche d’un pas lent, régulier, à l’opposé de ma respiration frénétique. Je ne m’arrête pas même quand mes pieds touchent l’étendue salée, même quand la première vague heurte mes mollets. Quand l’eau enveloppe mes cuisses, je me retourne pour un dernier sourire à Shad. Je lui dois cet après-midi. Même si je ne peux pas le remercier à ma façon, je lui en suis profondément reconnaissance. Plus que je ne pourrai jamais l’exprimer. Je croise le regard légèrement coupable de Shad derrière le viseur de son appareil photo. Mais rien ne m’atteint. Aujourd’hui, j’ai le sensation que le monde m’appartient. Que ma vie m’attend et que je peux en faire ce que je veux. La réalité me ramènera bien assez vite dans la noirceur et l’incertitude.»

On ne s’attend pas une série d’actions peu crédibles, qui nous laissent à la fois haletants et perplexes. C’est l’humanité qui est avant tout travaillée, celle de deux êtres écorchés. Nous ne sommes pas dans les effusions dramatiques ; Phoenix sait pondérer chaque excès, chaque aveu avec finesse, sans en noircir des pages et des pages, au point que l’on s’en lasse.

Chaque protagoniste a son élocution qui lui est propre, qu’elle soit narrative ou dialoguée. Ils ont leurs tocs verbaux identifiables, avec plus ou moins un degré de vulgarité en fonction de l’un ou de l’autre – ni trop, ni peu. Crédible et juste. Même si certains passages ont quelques « Bordel » « Putain » ou « Merde », il n’y en a pas tout un étalage qui finit par écœurer et nous faire soupirer.

Bien sûr, il s’agit aussi d’une histoire d’amour. Et ce Van joue sur la tension entre les deux héros. La sensualité est bien présente, mais dosée avec justesse : ni trop vulgaire, ni trop soft.

Nous voyageons avec Shad et Sam et pouvons apprécier les recherches de Phoenix pour colorer cette fresque américaine. Assez pour imaginer avec exactitude les clichés immortalisés par le Leica de Shad.

C’est un récit qui nous transporte sur un autre continent, nous sort de notre quotidien sans même bouger de notre fauteuil.

Le crédo ?
Lâcher-prise.

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