Erotique, Romance

Mutine d’Alexia Deafly

« Alexia Deafly a 35 ans, elle travaille dans le domaine de la petite enfance depuis plus de quinze ans. Passionnée de lecture (romans historiques, thrillers, romances…), elle a participé et gagné le concours d’écriture Nuit Blanche organisé par la plate-forme d’écriture Fyctia et les Éditions Blanche. »

            Mutine a perdu son époux, Paul ; un homme avec qui elle a grandi, tout partagé, même les fantasmes les plus secrets. Un homme qui lui a donné deux beaux enfants. Depuis deux ans, elle dérive, incapable de faire son deuil. Tout le lui rappelle, jusqu’à The Silence, le club libertin qu’elle a créé et dirigé avec lui. Elle s’obstine à continuer de le gérer, imposant cette fois des limites qu’elle n’avait pas autrefois. Secondé par Manu, son meilleur ami, apparu dans sa vie à ses heures les plus sombres, Mutine va mener un douloureux combat : celui de la reconstruction et de l’acceptation.

Alexia aborde des thèmes très durs dans son récit : le deuil, la reconstruction, mais aussi la surdité.

L’une des particularités de son club libertin, The Silence, est qu’il n’autorise pas ou très peu les interventions orales ; tout passe par la langue des signes. Mais nous ne dirons pas pourquoi un tel choix pour maintenir le plaisir de la découverte. Il y a tout un concept très intéressant créé de toutes pièces par l’autrice qui rend l’ambiance du club presque mystique, avec ce côté époque victorienne que Mutine elle-même porte sur elle (masque brodé/en velours, corset, jupons, bottines…) On ne pense pas à « kitsh » ou encore à ces endroits que l’on rencontre souvent dans ce genre littéraire : très huppé, transpire l’argent et la luxure… Ici, The Silence prône une ambiance très calfeutrée, avec cette Alcôve, ces pièces/chambres où règnent tous les fantasmes sous une devise ou un proverbe significatifs, toujours dans le respect mutuel et, paradoxalement au vu du silence exigé, la communication. Ce contexte-là est déjà bien posé et tout de suite agréable, mystérieux. Un petit plus encore pour ses casques que l’on met sur les oreilles pour danser sur la piste avec une chanson différente des autres : on imagine très bien tous ces individus qui dansent à des rythmes qui ne sont pas les mêmes dans un silence uniquement dérangé par leurs pas qui résonnent.

Mutine est le parfait reflet de son club comme déjà explicité plus haut. Silencieuse, voluptueuse, secrète, belle. Son rôle de patronne lui octroie autant de libertés que d’importantes responsabilités qu’elle ne sent plus vraiment capables d’assumer seule. Sa vie au sein du club est ponctuée des souvenirs ; il y a toujours cet écho du passé qui refait surface, souligne le présent détruit et amer de Mutine. Mais c’est appréciable, cela permet de mieux comprendre l’héroïne, ses réactions ainsi que sa douleur. Elle évolue dans ce monde de sensualité et de sexe tel un fantôme en quête de sa propre matière.

Mais Mutine n’est pas qu’une patronne. C’est aussi une mère de famille qui doit rester forte pour ses deux enfants : une adolescente et un petit garçon adorable. L’on découvre alors deux facettes de l’héroïne : celle qui dirige et celle qui survit. La fantasmée et la mère. Et c’est plutôt curieux, mais bien joué, d’avoir l’impression de s’immiscer dans son intimité lorsque l’on est plongé dans sa vie de famille et non quand nous entrons dans l’Alcôve. C’est encore plus intime pour nous de la surprendre en train de border ses enfants, en train de fredonner une comptine ou de se chamailler dans un esprit bon-enfant avec les siens. Une distanciation se forme tout comme le désire Mutine. Elle bascule d’un pied à l’autre entre deux mondes, deux univers dont elle maintient la frontière avec ferveur et conviction. La limite ne doit jamais être franchie. Il en va de même pour sa vie professionnelle le jour.

Ce que l’on retiendra surtout c’est cette force qu’elle recèle au plus profond d’elle-même. Oui, elle pleure beaucoup. Oui, elle se laisse aller à son désespoir. Néanmoins, dans toute son évolution, on finit par prendre conscience de tout ce courage que cela exige de continuer à avancer lorsque l’on a perdu sa moitié, que tout le poids de son monde repose sur ses épaules. Un monde au départ imaginé, vécu, transformé à deux. Mutine a perdu son équilibre et elle doit faire tout ce qui lui est possible pour contrebalancer cette moitié perdue.

Mutine s’adresse très souvent à son époux, Paul. Sa façon d’écrire, de lui parler change au fur et à mesure de l’histoire. Des lettres dans un petit carnet plus ou moins longues au départ qui se raccourcissent… Nous laissons encore une fois le mystère plané sur cette information. Ce que l’on peut en dire, c’est que ces messages sont des plus émouvants et bouleversants.

Manu est un personnage haut en couleur qui entre dans la vie de Mutine un an après la mort de Paul. Il est bisexuel, bourré d’humour, sensible et d’une franchise implacable, mais indispensable pour sa meilleure amie et patronne. Il ne prend pas de pincettes et est un peu notre propre voix à nous, lecteurs. Il secoue Mutine à notre place, l’encourage pour nous ou la sermonne. Au lieu que nous enragions sur nos pages, il le fait à notre place au cœur même de l’intrigue. Il est le seul à connaître l’autre facette de Mutine ; il fait même partie intégrante de sa vie de famille. Un « tonton » pour les enfants. On comprend alors très vite à quel point il est important pour elle et le rôle qu’il joue depuis plus d’un an. Un rôle susceptible de prendre une nouvelle tournure, mais Mutine sera-t-elle prête à l’accepter ? Est-elle prête à tourner la page ?

Plusieurs autres protagonistes entrent en scène, sur lesquels nous ne nous attarderons pas ; ils font partie intégrante du déroulement de l’histoire et participent à quelques twists majeurs. Toutefois, il faut savoir que le roman se divise en de multiples points de vue. Nous ne restons pas uniquement de celui de Mutine ou Manu. On peut en compter peut-être six différents. C’est parfois quelque peu surprenant, mais on finit par s’y habituer et apprécier avoir de nouvelles visions sur l’histoire, sur l’héroïne et The Silence.

En soi, il n’y a pas d’action à proprement parler. Il s’agit plutôt d’une suite d’introspections couplées à des scènes érotiques hétéroclites. De l’érotisme qui sert l’évolution du personnage, mais attention ! c’est pour un public averti, bien conscient de ce qu’il va lire. Il y a parfois une certaine crudité qui peut choquer ceux qui ne s’y attendent pas ou sont peu habitués. Nous n’entrons pas non plus dans la vulgarité pure, flirtant avec la pornographie. Pour les initiés, pas d’inquiétude — il est fort probable que vous y trouviez votre compte !

L’écriture d’Alexia est tout à fait en accord et harmonie de son histoire ainsi que de son personnage. Tout en sensibilité, souplesse et justesse.

Le roman peut se lire très vite ; il n’est pas si long que cela, mais si vous êtes bien plongés dans l’ambiance, il peut se dévorer en quelques heures. Pour les plus sensibles, veillez à quelques mouchoirs — il se pourrait qu’Alexia Deafly et Mutine vous arrachent quelques larmes.

 

 

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