Thriller

Mentor de Lee Matthew Goldberg

 

Mentor a été traduit et édité par les éditions Hugo Thriller en France ; il a su faire parler de lui, notamment en étant au cœur d’un mini-concours d’écriture organisé par la plateforme Fyctia et en proposant des exemplaires dédicacés suite à un petit jeu sur la page officielle de sa maison d’édition française. L’auteur est également chaleureux, disponible et disposé à engager la discussion pour ceux capables de tenir l’échange en anglais.

Ce roman aborde un thème pouvant donner de véritables sueurs froides aux éditeurs de tous les jours, un mélange entre Misery de Stephen King, d’Hanibal Lecter, avec un soupçon visuel à la Hitchcock.

 

 

 

                Kyle Broder voit sa carrière ainsi que sa réputation décoller lorsqu’il déniche une nouvelle autrice avec de l’or au bout des doigts. Le succès est fulgurant et le jeune trentenaire a tout pour réussir sa vie. Un métier qui le passionne malgré quelques collègues qui usent ses nerfs, une petite-amie superbe et talentueuse, un bel appartement… Tout est parfait après un passé sombre et chaotique dont il souhaite s’émanciper. Lorsque son ancien mentor à l’université, William Lansing, frappe à sa porte avec un épais manuscrit sous le bras, Kyle est ravi de pouvoir rembourser sa dette morale en lui promettant de le lire et, peut-être, l’éditer. Il s’attendait à un chef d’œuvre… il ne se doute pas un instant que sa vie idyllique va virer au cauchemar.

 

Ce Thriller ne prend pas le parti d’une enquête aux allures d’une chasse au chat et à la souris. Pas de spoils, pas de surprises, tout est déjà dit dans le résumé de la quatrième de couverture : l’ennemi, on le connait (vraiment ?). Pas d’enquête criminelle pour comprendre qui est le coupable. Il est plutôt question de comprendre, de mettre à jour le voile posé et aveuglant, omniprésent. Cette toile dans laquelle se retrouve enchevêtré Kyle.

Il y a cette constante bascule entre psychologie, doute, tension palpable… et le dégoût pour mieux s’identifier au héros qui se retrouve confronté à l’horreur à l’état pur. En outre, ce n’est pas du profilage, mais plutôt cette tentative de compréhension des limbes humaine à échelle commune et modeste ; que ferions-nous à la place de Kyle ? Comment deviner le vrai du faux ? Qui a tort et qui a raison ? Qui est le plus fou ?

Le roman se compose en deux tons : celui des protagonistes et celui de Devil’s Hopyard, le manuscrit de William Lansing. Une petite mise en abyme qui aide le lecteur a plongé dans l’écœurement, l’incompréhension, les interrogations. Un petit jeu de piste se met en place, déboussolant le lectorat et le héros. Cette mise en abyme est soutenue par les métaphores, les références littéraires et éditoriales, composant par la même occasion un peu plus le personnage de Kyle Broder.

Il est aussi très intéressant de découvrir le background d’une majorité des personnages : ils sont peaufinés, travaillés et servent chacun l’intrigue. Aucun n’est laissé pour compte ou ne semble bâclé et c’est un point fort du roman.

L’ambiance peut rappeler pour ceux qui connaissent le jeu narratif Heavy Rain, édité par Sony Computer Entertainment et plébiscité par le BAFTA (British Academy Video Games Award). Peut-être que pour les quelques lecteurs fonctionnant beaucoup à l’imaginaire audiovisuel (qui s’imaginent l’histoire comme un film à prise de vue réelle), ils pourront constater à quel point l’univers de Mentor est sombre, angoissant, aux couleurs très peu vives, excepté sans doute lorsque la petite-amie de Kyle entre en scène avec son métier de décoratrice d’intérieur. C’est de là que peut venir cette comparaison avec Heavy Rain avec ce jeu de contrastes, de saturation, de colorimétrie digne d’un vieux polard, mais non moins efficace.

 

Quant à l’écriture, elle n’a rien de bien complexe. On reconnait la patte des éditions Hugo Thriller dans la traduction. En soi, elle n’a pas besoin d’être difficile, mais incisive, percutante, capable de graver le papier autant que la mémoire du lecteur pour faire mouche.

L’histoire en elle-même n’a pas ce côté chausse-trappe haletant, de pièges à tout-va. Mentor est un récit qui tient en haleine le lecteur qui, lui, est inquiet, s’échine à comprendre ce qui se passe et s’interroge sur la manière dont Kyle Broder va pouvoir s’en sortir (ou pas ?). Quelle sera la chute ? Tragique ? Inespérée ?

Le crescendo final peut s’avérer être la meilleure partie de l’intrigue et la conclusion… glaçante.

 

                Un bon Thriller susceptible de rendre une soirée horrifiante.

 

Advertisements

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.