Romance, Young Adult

Ma bonne étoile de Clara Richter

 

 

« Clara Richter est enseignante en Bretagne. Elle a remporté le concours littéraire organisé autour de la série U4 publiée par Nathan. Avec Ma bonne étoile, elle signe un premier roman, un coup de maître dans la lignée de Nos étoiles contraires ou 13 reasons why. »


La vie d’Alix a basculé à la mort de son grand frère Paul qui s’est noyé lors d’une soirée entre amis. Depuis ce drame, la jeune lycéenne est submergée par des émotions qui l’étouffent : rage, tristesse, culpabilité, incompréhension.

Fragile et meurtrie, Alix croise le chemin d’Elyas, un garçon dont l’existence a également volé en éclats. Il a fui la Syrie où ses parents, ses frères et sœurs ont été tués sous ses yeux. Entre les deux adolescents, la compréhension est immédiate. L’attirance aussi.

Ensemble, ils vont tenter d’apprivoiser leurs nouvelles existences et de résoudre le mystère de la mort de Paul. Est-ce un suicide ? Un stupide pari Facebook qui a mal tourné ? Ou bien son frère avait-il un secret ? Obnubilée par cette enquête, Alix ne réalise pas à quel point Elyas a, lui aussi, besoin d’aide…

 

Ma bonne étoile est une Young-Adult traitant de thèmes difficiles tels que la guerre en Syrie et le décès d’un proche. A côté, nous avons une très belle histoire d’amour. Profonde, touchante et percutante.

     Alix a perdu son frère. Sa famille se déchire.

Elyas, toute sa famille, sa vie en Syrie.

Ils n’étaient pas censés se rencontrer… ou bien, si. Dans de terribles circonstances ayant fait bifurquer leurs routes afin qu’elles s’entrecroisent pour ne plus se séparer.

Chacun a ses doutes, ses interrogations, des fêlures. Des plaies béantes qui, à défaut d’être cicatrisées, ne demandent qu’à se refermer au moins un peu.

Ma bonne étoile est une magnifique leçon de vie et d’amour. A vrai dire, bien que cette histoire soit classée en Young adult, nous ne sommes pas plongés au cœur d’une vie de lycée trop adolescente. Il est catégorisé dans ce genre, mais dans le fond, l’on s’en détache pour nous présenter une histoire mature, des héros de seize ans qui, force de leur passé, en paraissent dix de plus.

C’est l’une des grandes forces de ce récit.

Une maturité croissante sur fond de philosophie accessible, loin de la lourdeur, en traitant d’un sujet terrible, voire effroyable, tel que la guerre en Syrie.

Clara Richter a osé.

Et c’est bien.

Elle a osé mettre des mots, d’en faire des dialogues parfois légers, parfois cyniques, et d’autres fois encore plus dramatiques. Elle joue entre les différentes émotions, équilibrent sa balance sans forcément pointer du doigt ce qui s’y passe tout en nous secouant dans tous les sens. Cet équilibre, elle le trouve aussi à travers l’histoire d’Alix, une jeune fille meurtrie et perdue après le décès de son frère suite à un accident qu’elle peine à comprendre. Ou, tout du moins, à cautionner. Les deux backgrounds tantôt se confrontent, tantôt s’harmonisent pour mieux trouver leur centre de gravité.

L’on peut sentir le travail de recherches de l’autrice (le contexte, la Bretagne, les lieux, les festivals, les groupes musicaux…), son désir de rendre le témoignage d’Elyas et d’Aylan vrai, crédible et, de facto, émouvant. C’est ce qui touche le plus : on sait. C’est la vérité. Un message passé au travers d’une fiction au service du deuil, de l’apprentissage, du pardon et de la reconstruction. Il faut s’attendre à des larmes versées, au cœur qui se serre, à d’affreuses images que l’Imaginaire va se plaire à façonner, à des grimaces… Sans pour autant entrer dans le documentaire, bien qu’il est vrai que certains dialogues s’y prêtent un peu plus et peuvent parfois couper un peu la rythmique, sans que ce ne soit gênant pour autant.

     L’histoire d’amour est, bien entendu, le noyau central. Mais elle a un but, un objectif. Elle n’est ni trop niaise, ni trop complexe. Elle suit son cours et fait écho au premier amour que l’on est tous susceptibles d’avoir connu un jour. La véracité, la profondeur des sentiments sont fluides. Si, parfois, on peine à comprendre certaines réactions alambiquées d’Elyas, l’autrice sait tempérer au travers d’Alix, le roman étant entièrement de son point de vue. L’on se pose alors et pouvons murmurer « D’accord, j’ai compris. Un peu. »

Parce qu’il est difficile de comprendre foncièrement le personnage d’Elyas ou encore celui d’Alix sans avoir traversé les mêmes souffrances. Et Clara Richter l’a respecté. Chacun fait son deuil à sa manière. Alix et Elyas ont la leur.

Mais il n’y a pas que les deux héros : il y a aussi les parents d’Alix que l’on découvre à travers ses yeux, surtout sa mère, mais aussi Aylan, le frère ainé d’Elyas. D’autres protagonistes font partie de la sphère : la meilleure amie, quelques rivaux sans que ce ne soit lourd, une inspectrice, une psychologue… Aucun

personnage est inutile. Ils servent tous plus ou moins l’intrigue, le background des héros ou encore, leur évolution et prise de conscience. Chaque détail est soigné, l’Humain est travaillé au corps pour en soutirer tout son fiel et mieux l’apprivoiser.

Le crescendo est maintenu tout du long, notamment lors de la dernière partie du roman. Clara a gardé tendu le fil de sa bobine avec fermeté, sachant pertinemment où elle souhaitait aller

 

avec ses personnages et leur histoire. Le final en est l’apothéose : pas de frustration, d’amertume ou de questions sans réponses. Quoiqu’après coup, oui, il y en aura sans doute… mais les réponses appartiennent à Elyas et Alix et sans doute que même leur créatrice n’en saura rien ! Tout comme elle l’a fait avec nous, lecteurs, Clara a donné les clés à ses personnages. A eux de continuer leur voyage.

Clara Richter nous offre un excellent premier roman, écrit d’une plume riche, fluide et modeste dans le respect des émotions et de l’histoire qu’elle nous raconte. Ce livre est superbement bien écrit, ni plus ni moins.

Une ode à la vie sous toutes ses formes.

Bravo.

 

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