Polard

L’étrange affaire Laprades : le crime de l’avenue Victor-Hugo de Jean Jolly

Je remercie l’auteur et madame d’E. pour ce service-presse ainsi que leur sa confiance.



« Jean Jolly, né le 30 juillet 1938 à Bône (auj. Annaba), est un journaliste et historien français. Il fut grand reporter, éditorialiste de politique étrangère et d’économie internationale, correspondant diplomatique.

Diplômé en 1962 du Centre de formation de journalistes, il sera successivement grand reporter, rédacteur-en-chef, éditorialiste de politique étrangère et d’économie internationale. Au cours de sa carrière à L’Aurore(1966-1978), au Nouveau Journal et au groupe de presse économique et financier Agefi (1981-1989), il se rend souvent à l’étranger à l’occasion de crises, de conflits, de conférences internationales ou de voyages présidentiels et ministériels. L’agence Reuters (1989-2003) lui confie, quatorze ans durant, la couverture diplomatique du Quai d’Orsay.

En 1980, après avoir assumé les fonctions de Secrétaire général de la rédaction (1979-80) de Forum International, premier quotidien français conçu en informatique intégrée, il réalise la première liaison Afrique-Europe avec le seul ordinateur portable francophone, un Scrib, créé par l’ingénieur Meylan de la société suisse Bobst Graphic de Lausanne. En raison de l’opposition du syndicat du Livre en France, il fera cette connexion avec le quotidien suisse Le Nouvelliste de Sion à partir d’Abidjan. Enfin, de 2003 à 2014, il assurera une chronique régulière de politique internationale à L’Indépendant.

En 2019, à l’âge de quatre-vingt ans, Jean Jolly tente une nouvelle expérience en publiant avec Amazon et Kobo Fnac un roman policier : L’étrange affaire Laprades – Le crime de l’avenue Victor-Hugo. »

Biographie disponible sur Wikipédia



Un avocat anxieux, un industriel arrogant, une épouse infidèle, une adolescente arrogante et passionnée, des policiers équivoques, un commissaire célèbre mais trop discret, un détective désinvolte mais efficace, un antiquaire de renom mal à l’aise, un expert mondain fasciné par l’argent et les femmes, un étudiant en médecine mêlé à un trafic douteux, une concierge aigrie et prétentieuse, un avocat général féroce et borné, des truands dangereux… Tous ces personnages s’affrontent dans L’étrange affaire Laprades pour se défendre de lourdes accusations ou découvrir le ou les assassins. À la demande de son patron, le jeune avocat Jean Duperthus s’est penché sur ce dossier difficile qu’il aura beaucoup de mal à plaider jusqu’au bout. Il se heurtera à de nombreux obstacles dont des pressions effectuées par des personnages influents ainsi qu’à l’attitude intransigeante de son client.



Maître Duperthus, jeune avocat qui doit encore faire ses preuves, se retrouve en charge d’une affaire risquant bien de mettre un sacré coup à sa carrière naissante. Avec anxiété, il compte les jours jusqu’au procès qui scellera le destin de son client antipathique, monsieur Laprades. Ce dernier est accusé du meurtre du docteur Serrabone : toutes les charges contre lui pèsent très lourd, toutes les preuves le pointent du doigt. Pourtant, Laprades s’obstine : il n’est pas coupable et il refuse de plaider les circonstances atténuantes. Mais pourquoi ? Est-ce son arrogance qui le pousse à agir ainsi, en dépit de ses neufs mois d’incarcération perdus ? Ou bien Duperthus, ainsi que la police, sont passés à côté d’un ou plusieurs points essentiels ?

Un élément déclencheur pousse Duperthus à tout remettre en cause, quitte à reprendre l’enquête depuis le début, avec l’aide d’un détective privé, Le Sorel, afin de comprendre cette affaire et de, peut-être, sauver son client.

De nombreux protagonistes vont intervenir sur la scène de ce polar aux attraits classiques, maître Duperthus restant cependant le noyau central de l’enquête. Tous ont un but : prouver ou non la culpabilité de monsieur Laprades.

L’histoire se déroule à Paris, déambulant parfois d’un café à un autre, dans les rues à bord d’un taxi, ou encore sur la scène du crime. De temps à autre, nous nous installons sur l’épaule de Le Sorel, afin de suivre sa petite enquête sur le terrain quand il n’est pas en train de raconter ses découvertes à Duperthus. Une grosse partie du livre se déroule néanmoins dans le bureau de l’avocat, entre discussions avec sa secrétaire, une étrange jeune femme ou Le Sorel.

Nous pouvons considérer que le texte se compose de deux arcs : l’enquête, puis le procès. Il est plutôt rare d’assister à celui-ci, l’après-enquête à laquelle nous ne sommes pas conviés dans les thrillers ou polars. Ici, c’est le cas, obtenant le dénouement attendu et assistons à ce que redoutait Duperthus depuis le début. Cela peut rappeler un épisode d’une série policière très connu de Dick Wolff.

Nous ne sommes pas dans un roman noir. L’ambiance, les couleurs qui nous parviennent ainsi que les sons ne sont pas propices à une atmosphère lourde et saturée. Au contraire, c’est plutôt vif, lumineux… Un polar à la Colombo ? Peut-être. Nous sommes loin du thriller, mais aussi des enquêtes policières. Ici, nous sommes cantonnés au système français, et Duperthus est lui-même souvent bloqué. Ce n’est pas lui qui va forcément sur le terrain, qui réclame des comptes au médecin légiste ou se lance dans des courses-poursuites interminables. Pas de tension due à l’action, aux vies menacées. Cette tension vient plutôt de la vérité que l’on attend, que l’on cherche. Nous recoupons les témoignages, attendons le prochain aveu ou la découverte suivante.

Les personnages ne sont pas vraiment voués à être attachants. Une certaine distance s’instaure entre le lecteur et eux, un peu pudique. Si nous apprenons leur enfance, leurs études et quelques confessions sur leur relation familiale, le pathos ou la nécessité absolue de s’identifier n’est pas l’objectif principal. Ce sont des protagonistes qui œuvrent pour faire avancer l’intrigue, pour prouver l’innocence ou la culpabilité de Laprades, ils ne recherchent pas l’empathie du lecteur.

Cela peut être induit par le style et l’écriture. Il faut admettre que le texte est très bien écrit, le vocabulaire très recherché et les syntaxes bien rythmées et construites. À cela s’ajoute un langage soutenu de la part des personnages, ce qui peut instaurer cette fameuse distance. Parfois très théâtral, nous pouvons apprécier ou non ces élans et ces diatribes que nous ne croisons quasiment plus en littérature contemporaine. Le développement narratif est très analytique. Nous serions susceptibles de comparer cette plume à celle journalistique, dans le décorticage succinct et efficace, allant droit au but, l’énumération de faits et de gestuelles, et ce mur érigé entre l’histoire et nous.

Nous sommes à même d’apprécier l’authenticité de l’enquête ainsi que le déroulé du procès, mais aussi la qualité de recherches de l’auteur. Délicat d’expliquer en quoi ici sans révéler un twist majeur de l’intrigue.

L’étrange affaire Laprades est un agréable polar qui nous permet de renouer avec les grands classiques du genre, et ce, grâce à une plume expérimentée et très à l’aise avec la langue de Molière. Un plaisir pour les gourmands de belles écritures et pour la détente.

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