Dystopie

Les Éphémères sont éternels d’Azelma Sigaux

Je remercie l’autrice pour ce nouveau service-presse et pour sa confiance ! C’est toujours un plaisir.



Née en 1989 en région parisienne, c’est en Haute-Loire que Azelma Sigauxpuise son inspiration. Petite-fille de l’écrivain Gilbert Sigaux, elle a dans le sang l’écriture, la lecture et l’art sous toutes ses formes. En 2012, elle décide d’écrire son premier roman et signe chez Rebelle Editions. Elle tire ses inspirations de Marcel Aymé, Rayond Queneau ou encore Orson Scott Card.

Nous vous invitons à faire un petit tour sur son site web si le cœur vous en dit : site officiel.

Nous avons déjà eu le plaisir de découvrir deux de ses romans En toute Transparence et Absurditerre.

Cette fois, son roman est édité chez Htag Editions.

Fidèle à elle-même et à sa plume, Azelma Sigaux nous propose un troisième texte intelligent, pertinent et tout en finesse.



Après des siècles de recherches et de fantasmes, la solution pour devenir immortel est enfin trouvée. Il est alors décidé d’interrompre la croissance des humains à l’âge le plus productif : vingt-trois ans. Très vite, la Terre est surpeuplée et l’interdiction de donner naissance devient une nécessité.
Toute femme trouvée enceinte est forcée d’avorter, tout enfant découvert vivant est abattu sans sommation.
Un couple va braver la loi à plusieurs reprises, jusqu’à ce que le petit June survive à la traque des puissants. Enfermé dans une cave pour sa protection, le garçon va s’échapper et se retrouver au coeur d’un groupe de rebelles : les Éphémères.
Entre les capacités extrasensorielles de ces mortels et la déshumanisation lassante des immortels, June va se trouver face à un dilemme existentiel. La peur de la mort serait-elle le moteur d’une vie passionnante ?



« Si l’homme demeure immortel, quelle est sa raison d’être ? »

C’est par cette citation d’un auteur inconnu que nous débutons cette chronique consacrée au nouveau roman d’Azelma Sigaux. Une citation que nous pensons adéquate étant donné les thématiques de l’ouvrage : l’immortalité… et l’éphémère.

Dans un avenir pas si lointain que cela, l’humanité a atteint l’apogée de ses rêves les plus fous : venir à bout de la Faucheuse, se rire d’elle et préserver une jeunesse éternelle. Oui, l’Homme a accédé à l’immortalité par un coup du sort, une découverte scientifique phénoménale.

Un tout petit, minuscule, poisson : le bogo.

Grâce à lui, à cet être auto régénérant, hommes et femmes n’ont plus à s’inquiéter de rien, dès leur vingt-troisième anniversaire. Il suffit d’une injection tous les trois mois.

Rien de bien grave. Rien de bien contraignant.

Plus aucune maladie, plus de temps, plus de productivité, plus d’argent, plus de… Attendez. Éteignons la télévision qui diffuse les grands discours de politiciens, ces puissants dans le monde qui ne songent qu’aux profits et à l’état de leurs finances. Voilà. Maintenant, admirons-nous dans le jaune des yeux, même si nous ne savons plus quoi dire, qu’il est difficile de réfléchir et d’aligner deux phrases cohérentes. Le cerveau n’a pas l’air très bien, mais rien d’alarmant ! L’immortalité a son prix.

Peut-être, comme celui de ne plus pouvoir donner la vie sous peine que les enfants soient exécutés sur-le-champ, peu importe l’âge, peu importe qu’ils soient encore endormis dans leurs berceaux.

Il ne faut pas surpeupler la Terre plus qu’elle ne l’est déjà. Il faut que notre planète reste viable, propre, saine… à quoi servirait l’immortalité si la Terre n’est plus que décrépitude ?

Mais June est une exception. Un petit garçon mortel né de la persévérance maternelle. Peut-être le cinquante-troisième essai ? De l’égoïsme ou un profond amour de la vie que l’on n’identifie pas ? Mais vivre dans une cave jusqu’à vingt-trois ans, c’est long et ennuyeux.

Alors June s’échappe, il part. Il est traqué par les forces de l’ordre — ces gardiens de la « paix » —, il fuit, il veut vivre. Bernie, mortel lui aussi, lui sauve la vie, comme à bon nombre d’autres enfants comme Accident, Numéro deux, Mars, Loula, Décembre…

Et June est recueilli, protégé, entouré de ces individus ayant eux aussi des capacités extrasensorielles. Mais peut-être n’est-ce pas les mortels qu’il faut sauver en premier lieu.

Peut-être est-ce l’Immortalité qui a besoin des Éphémères.

Azelma Sigaux parvient une nouvelle fois à trouver le juste équilibre entre la fiction et les messages qu’elle souhaite transmettre. Plume écolohumaine, elle réussit à nous emmener dans des endroits, lieux fantastiques qui sont en réalité de l’anticipation. « Si rien ne change, si l’Homme poursuit sa route sans aucune prise de conscience, voici ce qui pourrait advenir de nous. »

Mais là encore, ce n’est pas un matraquage en bonne et due forme de faits, schémas, statistiques, de pointage du doigt si culpabilisant qu’on ne désire plus écouter. À travers l’histoire, les personnages, les tenants et les aboutissants d’un univers et d’un enchainement imaginé, l’autrice nous montre le « possible. »

Dans Les Éphémères sont éternels, Azelma Sigaux traite de la mort, de notre conception de la mort et de la nature humaine.

Deux idées s’affrontent : ceux qui refusent la vieillesse, les maladies, d’assister au trépas des êtres chers… Et ceux qui croquent la vie à pleines dents, qui acceptent chaque ride comme une page écrite de leur histoire, un accomplissement, qui comprennent que la mort est naturelle et indispensable pour le cycle de la vie (non, ne chantez pas le Roi Lion, nous l’aurons dans la tête après.)

Encore une fois, Azelma laisse tout de même une certaine liberté aux lecteurs. Elle lui permet de réfléchir, de se poser des questions sur ces deux idées/convictions, et en soi, de faire son propre choix. Elle garde cependant la mainmise sur le final, mais vous comprendrez pourquoi.

La construction du récit démarre par un jeune homme en proie aux doutes rendant visite à son grand-père. Les premiers cailloux dans la mare sont jetés, il ne nous reste plus qu’à faire un petit saut dans le temps (avant ou après ?). Tout commence en réalité avec June, une fois les premiers ciments de l’univers posés. Il est notre fil conducteur, celui que nous suivons et par qui nous faisons de nouvelles rencontres. Notre point A auquel nous nous attachons et vers lequel nous revenons toujours, même si nous dérivons sur d’autres points comme avec Bernie, Loula, et d’autres protagonistes annexes que nous ne citerons pas ici.

Chaque personnage apporte sa pierre à l’édifice, chacun amène sa sensibilité, son vécu, et apporte un témoignage souvent poignant. Un point de vue qui construit un peu plus le récit et met en place les motivations, les souhaits.

La question sur la notion de la mort et de la souffrance amène l’interrogation sur la notion de la vie. Quel moteur lui donner s’il n’y a plus d’échéance ? Peut-on être ivre de vie quand le verre ne se videra jamais ?

Azelma Sigaux nous plonge dans une intrigue à plusieurs niveaux et donc, plusieurs lectures. Pour le plaisir de lire un roman de dystopie, pour celui de la réflexion, pour la philosophie, pour la prise de conscience. Il en va de la critique de la société, de la conscience écologique, d’alarmes ou d’appels sur la nature humaine.

Si Bernie hurle dans un mégaphone, l’autrice, elle, nous chuchote dans l’oreille.

La plume est à l’image de l’histoire : intelligente. Poétique aussi. Fine. Élégante, pertinente. L’univers riche est soutenu par une lecture fluide, où chaque phrase peut contenir un message important.

Les Éphémères sont éternels s’adresse à tout type de lectorat… parce que nous sommes convaincus que peu importe l’âge, les messages seront entendus, compris et transmis.

C’est la grande force d’Azelma Sigaux : raconter une histoire tout en murmurant à nos consciences.Aussi délicate qu’un mandala qui se dissout au vent… ou qu’un coquelicot offert au soleil dans un champ.

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