Thriller

Le Tricycle Rouge de Vincent Hauuy (Prix Michel Bussi 2017)

 

 

Avant toute chose, un point est à mettre au clair. Si Le Tricycle Rouge a le bandeau « Prix Michel Bussi », ce n’est PAS un Bussi. L’écriture est totalement différente, tout comme les partis pris, etc. Michel Bussi (et le jury) a élu ce roman, ce n’est pas parce qu’il lui ressemble ou que l’auteur correspond à sa plume. Il ne faut pas donc pas partir du principe de : « Prix Michel Bussi, je vais lire du Bussi. » Absolument pas. Les lecteurs découvriront un auteur unique, une histoire unique, une plume unique… Un roman de Vincent Hauuy.

(Merci à l’auteur d’avoir bien voulu me partager une de ses musiques d’ambiance durant l’écriture ! Sa « bulle opaque » ;))

Vincent Hauuy a participé au concours VSD Thriller – Prix Michel Bussi 2017, sur la plateforme Fyctia, après avoir été déjà finaliste dans un concours Univers Alternatif avec Le Loup de Saguenay. Le succès a été immédiat : durant trois mois, il est resté en tête du classement. C’est donc sans surprise que son roman, Le Tricycle Rouge, fut désigné grand gagnant. Ce succès se poursuit encore aujourd’hui. Mieux encore, toujours chez les éditions Hugo, son second roman édité sortira en avril 2018 : Le Brasier. Un tome qui reprendra les personnages de son prédécesseur. Attention ! Ne lisez pas le synopsis du prochain opus au risque de vous spoiler Le Tricycle Rouge si vous ne l’avez pas encore lu. Vincent Hauuy a été aussi membre du jury pour le concours VSD de cette année.

« Né à Nancy en 1975, Vincent a su lire dès l’âge de 5 ans en regardant le célèbre jeu télévisé français Des chiffres et des lettres. Sa mère férue de livres en tous genres lui offre Bilbo le Hobbit à 7 ans. Il le dévore et c’est l’étincelle qui enflamme l’imaginaire. Depuis lors, il ne cessera jamais d’inventer des histoires. À 10 ans, il “emprunte” le nouveau Stephen King de sa mère : Simetierre. Fan incontesté de Stephen King, Tolkien et George R.R Martin, Vincent construit un monde fictif fait de paranormal, de sang et de complexité qui donnent à ses romans des intrigues très riches. Vincent a une telle imagination qu’il se fait parfois peur lui-même. Hypocondriaque, angoissé de nature et phobique, il exorcise ses inquiétudes dans l’écriture. »

Son site : http://vincenthauuy.com/

            Le Tricycle Rouge est un thriller de presque cinq cents pages où les chapitres succincts se succèdent et aident à la rythmique haletante de l’intrigue. Non, ce n’est pas pour autant une course contre la montre ; sauf, peut-être pour certains personnages, mais nous n’en dirons pas plus. C’est une particularité propre à la plateforme Fyctia qui exige une certaine rigueur dans la longueur des chapitres que les auteurs postent : une limitation de 7K caractères. Un modèle qu’a peut-être gardé Vincent Hauuy et ce, avec justesse. Il s’avère que ce schéma est tout à fait approprié pour son récit et très agréable aussi pour le lecteur.

Vincent Hauuy nous propose plusieurs personnages qui ont tous un background travaillé et intéressant. Loin d’être lisses, ils sont cabossés, ont leur histoire et leurs secrets. C’est tout à fait plaisant de les voir évoluer autour de cette enquête criminelle qui se révèle plus complexe et surprenante qu’au premier abord. Noah Wallace (petit clin d’œil au fils de l’auteur, comme l’on peut le découvrir dans les remerciements), le héros principal est l’exemple typique de cet être torturé, blessé, brisé qui doit se reconstruire et cherche à se retrouver en répondant à l’appel du meurtrier sur les scènes de crime. Ancien profileur, Noah est un homme sombre, mystérieux et qui doute sans cesse de lui, suite au traumatisme qu’il a vécu cinq ans plus tôt. Parallèlement, il y a Sophie, jeune journaliste ambitieuse qui se bat sans cesse pour se prouver à elle-même et à son père qu’elle est capable de s’émanciper, d’être indépendante et d’écrire l’article du siècle. Dès le départ, ces deux intrigues semblent ne rien à voir entre elles, mais finissent par se rejoindre ; les fils de la bobine s’entrecroisent, se nouent. Pas d’inquiétude, l’auteur ne s’éparpille pas en ayant décidé de raconter deux histoires qui n’ont rien à voir en une seule. Outre Sophie et Noah, l’on peut rencontrer ce flic goguenard, que certains peuvent apprécier retrouver dans différents romans du genre ; un homme bourru, mal en point, cash, mais au cœur tendre, Steve. Puis, il y a Bernard, Clémence, Rachel… Là, certains lecteurs seront susceptibles de mettre le hola. « Trop de personnages ! » crieront-ils. Au début, oui. C’est plutôt déstabilisant, surtout au vu des chapitres courts. Mais on finit par s’y habituer, par mémoriser les noms, les métiers, les influences et leur impact. C’est un premier job pour le lectorat dans cette lecture qui prépare pour la suite : la complexité de l’histoire.

            Une complexité qui peut déplaire à beaucoup et donner l’impression que tout est brouillon. D’autres diront : « ça ne l’est pas, il faut juste se concentrer et vraiment porter attention au sens du détail. » Vincent Hauuy a créé un jeu de piste plus ou moins subtil en fonction des plus attentifs ; il est fort possible qu’à l’aide de post-it, on puisse s’amuser à marquer les pages où un indice s’y est glissé en toute discrétion — on obtiendrait un patchwork de couleurs dignes d’un arc-en-ciel. Comme cette intrigue a demandé de la rigueur pour l’auteur, il en faut aussi pour le lecteur qui doit se prêter au jeu à son tour. Puis, si c’était trop simple, ce serait bien ennuyeux.

Le Tricycle Rouge est, au final, un roman qui se pèse sur du 50/50 : cela plait ou cela ne plait pas. À voir de quelle manière le lecteur va aborder ce roman, s’il est prêt à y mettre du sien pour se concentrer et être « à l’écoute » — curieux choix de mot ? Pas tant.

Une chose est néanmoins sûre : Vincent Hauuy sait maitriser la langue française et donner corps à ses personnages jusqu’à décrire leurs tocs, leurs gestuelles, assez pour que nous puissions au mieux visualiser la scène, même dans un simple dialogue en face à face. Et ces gestes-là ont leur importance aussi. C’est un film qui passe dans notre tête et sans ses descriptions, sans doute aurions-nous des fondus au noir ou des ellipses inexplicables susceptibles de couper la diffusion. Attention toutefois : ces descriptions vont de pair avec certaines scènes de crime (et autres, que nous garderons sous silence pour le plaisir de la lecture) ; il faut s’attendre à une petite crudité, du « morbide » selon les points de vue. Mais ce n’est pas plus dur que du Maxime Chattam.

Il faut aussi ne pas être rebuté par l’aspect un peu « paranormal »… discret, mais dont il faut être conscient.

Il y a beaucoup de choses à dire sur un roman de cinq cents pages, mais si peu que l’on peut dire dans le cadre d’une chronique.

Si vous souhaitez vous lancer dans un thriller psychologique, rude, complexe, intéressant, sombre, torturé, et bien écrit, Le Tricycle Rouge est fait pour vous — si vous vous y mettez maintenant, et que vous appréciez, Le Brasier ne tardera pas à pointer le bout de son nez pour enchainer ! Il se pourrait que Vincent Hauuy n’ait pas encore terminé de décortiquer le Mal sous toutes ses coutures.

 

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