Fantastique, Polard

Immortel Ad Vitam de Cécile Pommereau

 

Je remercie les éditions Noir d’Absinthe pour leur confiance et ce nouveau service-presse !


 

« Parisienne, Cécile Pommereau est en couple, a deux chats et un bonsaï qu’elle peine à ne pas faire mourir (le bonsaï, pas les chats). Elle est policière depuis 2006 et enquêtrice depuis 2009. La majorité de ses phrases commençant par “vu les propos divergents de Mr et Mme…”, elle s’est tournée vers l’écriture d’Immortel, pour explorer d’autres registres. »

Vous pouvez retrouver une interview très intéressante de l’autrice sur le blog de sa maison d’édition ici.

Et sa page Facebook ici.

 

Immortel Ad Vitam est réédité depuis très récemment chez les éditions Noir Absinthe, suite à la malheureuse fermeture de DreamCatcher. Après la lecture de ce one-shot fantastico-polaro-feel goodo-et d’autres mots en « o » (nous nous abstiendrons de ressortir la rime de Mat Mattah.), nous vous conseillons très, très vivement de lire la nouvelle Les Larmes de Cernunnos (que vous pourrez trouver ici gratuitement), un complément presque indispensable pour obtenir certaines réponses, de quelques pages. Ne soyez pas trop pressés après cette chronique, juste en dessous, vous trouverez un petit retour sur notre découverte de ce mini spin-off.

Fred a une vie dite « merdique. » Ancien pompier sorti de prison pour un crime dont il est accusé aussi étrange qu’invraisemblable, il subit son quotidien, esseulé, enchainant les déboires et les déceptions. Mais tout est pire encore lorsqu’il décide de mettre fin à ses jours. L’existence dans son ironie entière termine de se jouer de lui : le voilà immortel ! Et plongé jusqu’au cou dans une sordide affaire de mafias.
Jean Renault est officier de police proche de la retraite. Il pensait avoir tout vu et tout vécu… mais un mort qui disparait avant l’arrivée de son équipage ? Jamais. Troublé, piqué par la curiosité et avide de comprendre, « le vieux » décide d’enquêter pour retrouver ce macchabée qui, pour lui, est trop désireux de vivre pour rester mort.

 

Immortel Ad Vitam est un petit ovni qui entremêle plusieurs genres en un seul roman. Est-ce que nous avons un polard ou un récit fantastique ? Un feel-good ou un ouvrage initiatique aux reliefs philosophiques ? Il est un peu de tout cela, intégrant même une romance discrète. Il faut croire que chaque lecteur est susceptible d’y trouver son compte, à condition d’apprécier l’humour noir et le cynisme des protagonistes qui ont une langue bien acérée et peu avares de répliques acerbes.

Il est question de plus de deux cents pages d’humour (qui confirme le métier de Cécile Pommereau en soi !) et de plusieurs quêtes entre deux personnages forts : Jean et Fred. Chacun a ses chapitres, narrés à la première personne du singulier et au passé. La construction de ces parties est d’ailleurs quelque peu atypique ou, du moins, rarement vue. Elles ne connaissent pas de réelle régularité dans leur longueur. Coupées en fonction des besoins de la narration, ce sont de petites montagnes russes jouant à l’effet ping-pong. Deux narrations qui se renvoient la balle, comme si elles communiquaient entre elles ou qu’en une seule scène, nous passions d’un côté du miroir pour basculer de l’autre en moins d’une minute. Peut-être est-ce une bonne métaphore de la relation qu’entretiennent Jean et Fred ; l’on peut retrouver cette impression dans leurs dialogues. Cet aspect présenté agrémente une rythmique non pas soutenue, mais dynamique. Difficile alors de s’ennuyer.

Les pages défilent et s’enchainent, nous restons happés par ce rythme et par ce que vivent les deux héros. En quelques heures à peine, il est possible de terminer notre lecture.

Comme glissé plus haut, l’humour est noir, mais nous découvrons aussi quelques scènes sans doute appuyées par l’expérience du métier de Cécile Pommereau. L’on peut le ressentir du côté de Jean Renault, dans la mise en place du personnage, sa construction, son entourage et toutes les plaisanteries ou la dérision qui ressortent lors de ses chapitres. Cela donne une authenticité très plaisante et nourrit l’attachement que nous sommes amenés à éprouver pour lui. Une crédibilité qui contraste avec le côté fantastique/paranormal.

Jean est donc un homme proche de la soixantaine, aigri et rompu au métier d’enquêteur. Un bougre qui fut si occupé à sauver des vies… qu’il en a oublié de vivre. Son cynisme bredouille avec le défaitisme de Fred. Deux personnalités au premier abord opposées qui, au final, semblent se complaire l’une avec l’autre et détenir plus de points communs qu’ils le pensent.

D’autres personnages (secondaires) gravitent autour de ce duo improbable et surprenant, chacun apportant un roc ou une pierre à l’édifice. Que ce soit de l’ordre émotionnel, introspectif ou pour leurs recherches, ils ont leur lot de réponses à apporter — ou de questions amenant ces réponses nécessaires.

Outre une ou deux enquêtes, ces dernières ne résument pas le fond de l’histoire. Plusieurs intrigues amènent diverses réflexions sur la vie, la mort, les différents buts de l’existence, les inquiétudes propres à l’être humain ou encore ce que la solitude peut apporter ou arracher dans le cadre d’une immortalité. Des sujets que l’on pourrait traiter en cours de philosophie, mais qui, ici, sont abordés de manière agréable et accessible grâce aux conversations entretenues par Jean et Fred. Au final, l’immortalité peut se glisser en arrière-plan pour laisser la place aux protagonistes et leurs introspections. Peut-on parler d’une partie « tranche de vie » ? Feel-good ?

Le lecteur peut se voir bousculé ou attiré par toutes ces réflexions, adoptant une opinion présentée plutôt qu’une autre. Ne vous attendez néanmoins pas à une grande aventure qui ne s’arrête que lorsqu’une voiture est en vol plané au-dessus d’un pont, en train d’esquiver de roquettes envoyées par un sous-marin à trois kilomètres.

La plume de l’autrice est incisive, percutante et maitrise le cynisme. Son humour est assumé jusqu’à la dernière lettre et ses personnages évoluent au fil de sa plume sans incohérence. Elle tient sa barre comme il se doit et prône un certain culot que vous découvrirez lors du grand final.

Immortel Ad Vitam reste sombre, mais comme il est sous-entendu dans le récit, c’est parfois dans l’obscurité que la lumière est plus belle. Vous pourriez vous surprendre à rire ou à sourire d’une plaisanterie qui, en réalité, n’a rien d’amusant. Vous seriez capables d’éprouver une profonde empathie pour Jean, Fred et quelques autres personnages que nous ne faisons pourtant que croiser. Ce roman en one-shot a toute sa place dans la collection Terra Urbana de Noir d’Absinthe. Sceptiques ou moins sceptiques, nous vous encourageons à tenter la lecture pour en façonner votre propre avis, en tirer vos propres conclusions.

La fin risque néanmoins d’en décevoir quelques-uns comme suffire à une autre moitié. Vous comprendrez par vous-mêmes.

C’est par cette transition que nous basculons désormais sur la nouvelle de Cécile Pommereau : Les larmes de Cernunnos.


Avant de commencer, comme Noir d’Absinthe le conseille aussi, nous préconisons de lire cette histoire après la lecture d’Immortel Ad Vitam. Si vous la découvrez avant, il est fort probable que vous perdiez un important effet de surprise dans la dernière partie de l’intrigue du one-shot.

De même en ce qui concerne cette mini-chronique, vous pourriez connaître quelques malheureux spoils malgré notre volonté d’en dire le plus possible tout en se restreignant pour ne pas tout gâcher. Si vous continuez en toute connaissance de cause, nous espérons que votre lecture d’Immortel Ad Vitam n’en aura pas trop été dénaturée.

Les Larmes de Cernunnos narre l’histoire de l’étrange Maëlle. Cette femme rousse devenue un véritable mystère pour Jean et Fred en terres bretonnes.

Ici, Cécile Pommereau aiguise sa plume pour la mettre au service d’un récit bien plus noir encore où l’humour n’a plus sa place. Projetés bien loin dans le passé, où druides et druidesses côtoient encore les dieux afin d’apporter des réponses aux êtres humains, nous sortons du carcan précédemment établi dans Immortel Ad Vitam.

Autant dire que nous sommes dépaysés le temps de quelques pages, percutés par la dureté de la vie à cette époque lors de l’Hiver Eternel. Territoire ravagé, morts indénombrables et injustes, Maëlle (ou Flammèche) se voit hériter des responsabilités de son père, autrefois le druide le plus respecté de la côte ouest. Il lui faut trouver une solution ou au moins une explication pour espérer sauver son peuple de la famine et du froid.

L’autrice raconte la naissance de l’immortalité, ses raisons et ses conséquences. C’est un tout autre registre qui n’en reste pas moins fort sympathique. Cette noirceur dépeinte au fil des pages peut amener à déranger ou à surprendre. La plume de Cécile Pommereau démontre une toute nouvelle aptitude et sa capacité à s’adapter à un autre ton d’écriture.

Et, toujours en quelques pages, l’autrice sait faire passer diverses émotions et à rendre Flammèche ainsi qu’un autre personnage attachants. Et poignants.

Nous obtenons donc ainsi ces réponses qui nous manquent à la fin d’Immortel Ad Vitam. Une boucle bouclée qui comble notre curiosité pouvant s’avérer insatisfaite.

Maëlle — Flammèche — a quelques similitudes avec Fred ou Jean. À travers les siècles, ces individus ont tout perdu et s’unifient en un point commun : la solitude.

À quoi sert l’immortalité lorsque nous n’avons plus rien ? Quand tout est perdu ?

Sans la mort à l’issue, que devient la raison de vivre ?

Et vous, quel serait votre moteur et que feriez-vous avec une vie éternelle ?

Ressemblerait-elle à cet Hiver sans fin à l’époque de la druidesse ?

Ou auriez-vous un déclic tel que Jean ou Fred ?

Cette nouvelle est une excellente idée pour clore l’histoire de Fred et Jean…

 

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