Romance

Goran d’Emma Landas

 

« Il y a bien longtemps qu’Emma a quitté l’adolescence, et elle donnerait tout pour y retourner, d’ailleurs. Mais elle a su conserver une âme ouverte, sensible et pleine de gaieté, qui lui permet avec hilarité de se considérer comme une Young Adult.
Amoureuse de la littérature, même et surtout des grands classiques, elle dévore parallèlement la New Romance. C’est dans ce contexte passionnel qu’elle fait la connaissance d’Anna Todd. Un premier diner partagé avec la best-seller américaine, et ses envies d’écrire, tapies au fond d’elle depuis son enfance, resurgissent et la mènent sur Wattpad, où elle écrit au gré de son inspiration, son premier roman « Chirurgicalement vôtre ».
Infirmière en vrai, mais romancière en rêve, Emma laisse sa plume être guidée par les rencontres que lui offre la vie, mais également par les magnifiques paysages qui font la fierté de la région bordelaise dans laquelle elle vit.
Mauvaise élève qui n’écrit jamais avec de plan, mais cependant poète et chargée d’une bonne dose d’humour, Emma fait partie de ces personnes à qui il ne faut jamais rien confier, car prenez garde ! Tout ce que vous direz pourra et sera retenu contre vous, et sera utilisé dans un de ses romans. Emma Landas en un mot ? Sadomantique : mi sadique mi romantique. »

Emma Landas nous propose une dark-romance très soft avec Goran, prenant appui sur un sujet difficile, mais non moins intéressant : la guerre en Bosnie-Herzégovine.

Charlie vit dans les bas-quartiers de Chicago : sa vie n’a rien d’un conte de fées. Un père alcoolique, deux frères bons à rien, une mère l’ayant abandonné, des petits boulots… rien ne la contente. Son rêve ? Partir de là. Vivre une autre vie, loin de Chicago, de la drogue, des brutes à chaque coin de rue. Jusqu’à ce qu’elle rencontre Goran, un homme différent de ceux qu’elle côtoie. Un homme qui la traite bien et qui semble dissimuler un lourd passé.

Il est intéressant de lire l’avant-propos avant de débuter la lecture pour mieux comprendre de quoi il est question, puisqu’au final, c’est assez flou dans le roman. Abordé au début grâce aux chapitres consacrés à Goran, on finit par s’en détacher et nous ne pouvons profiter de toutes les informations liées à cette époque tragique. C’est un petit regret que l’on peut avoir : celle de ne pas tout comprendre ou de couper sa lecture pour s’informer sur ladite guerre. C’est un sujet qu’il aurait été intéressant de développer un peu plus, même dans le cadre des dialogues, quitte à basculer sur des débats entre deux points de vue : comme Charlie, l’héroïne, pourrait très bien nous servir de « voix » et poser les questions à notre place. En outre, l’héroïne découvre certains « papiers » avec des particularités (nous essayons de ne pas trop en dire) appartenant à Goran… mais il n’y a plus aucune allusion sur le sujet jusqu’à la fin du roman. Pourtant, c’était une matière très intéressante à exploiter. Au final, c’est traité plutôt en surface passé la seconde moitié, une autre « intrigue » prenant le dessus qui, au sens de certains, peut paraître « moindre. » Certains peuvent apprécier que l’on s’y attarde, d’autres moins… Néanmoins, ce peut être si intéressant au départ ! Tant d’émotions à exploiter, tant d’enseignement à en tirer…

Même si beaucoup passent par les introspections, au final, il peut s’instaurer une certaine redondance au point que l’on puisse avoir l’impression de tourner en rond. Pour les moins patients, ils peuvent se surprendre à sauter des pages et des pages pour en arriver au fait. Pour les autres, cela peut participer à l’imprégnation du récit, à bien comprendre les ressentis des personnages sur l’instant, quitte à ce que ce soit « rabâché » plusieurs fois.

Nous avons donc deux narrations : celle de Charlie et celle de Goran. Chaque chapitre propose d’écouter une musique susceptible d’avoir accompagné l’autrice durant l’écriture. Nous y retrouvons beaucoup d’allusions au gré des lignes, au point que l’on comprend que la musique a une place très importante dans l’histoire sans pour autant griller le devant de la scène. Ces deux « voix » ont chacune ses particularités, son langage, son élocution, ce qui permet aux lecteurs de les identifier très facilement. Assez pour qu’ils n’aient pas besoin de vérifier le nom préciser en début de chapitre.

Charlie est une héroïne irlandaise qui peut ne pas plaire à tout le monde. Elle passe beaucoup de temps à se plaindre de sa vie, de sa famille et se recroqueville souvent sur son nombril. La vie l’a forcé à nourrir une certaine agressivité contre tout et tout le monde. L’insulte est facile au point qu’il peut s’avérer parfois difficile pour nous de comprendre comment Goran peut finir par s’attacher à elle, à part sa « beauté. » Tout comme on se le demande dans le sens inverse. Charlie porte une grande attention sur la physionomie de Goran et a tendance à ne rien écouter de ce qu’il peut lui raconter (et qui lui tient à cœur), trop occupée à fantasmer sur ses bras, son dos, son torse… Si l’attirance physique est on ne peut plus claire, il manque peut-être quelque chose de plus pour lier ces deux individus sur le plan du cœur. Au final, les échanges profonds se font rares et parfois un peu de but en blanc. Au vu de la petite épaisseur du livre, peut-être qu’une place supplémentaire aurait pu être accordée à des dialogues en plus, qu’ils apprennent à se connaître vraiment. Tout va assez vite et des ellipses sont faites, sans doute peu utiles. Au contraire, sans ellipses, il y aurait pu y avoir cet approfondissement. Bien sûr, chacun peut y trouver son compte : une partie du lectorat peut adorer Charlie et ses excès, flirtant avec la frontière du supportable. Elle est très loin d’un personnage parfait. C’est là que se trouve le double tranchant.

Goran peut se révéler le personnage le plus abouti et attachant. Il est dommage que peu de chapitres lui soient consacrés. Nous ne reviendrons pas sur ce qui a été explicité plus haut. Il couve en lui un volcan en ébullition, ce qui créait deux facettes : le bon Goran et celui capable de… — comment ? nous ne le révélerons pas. Bien sûr, il est très séduisant, presque parfait quand tout va bien… En réalité, c’est peut-être l’exact opposé de Charlie de prime abord. Mais c’est sans doute bien plus compliqué que cela et ce qui peut les rapprocher… Nous vous laissons le découvrir et vous faire votre propre avis sur le sujet.

D’autres personnages secondaires gravitent autour de Goran et de Charlie, mais on finit par les oublier un peu. Ils sont parfois parqués à droite ou bien à gauche, en attendant que la relation du couple évolue.

Quant à l’écriture, elle est assez simple, parfois juste. Certaines syntaxes peuvent paraître un peu alambiquées. Il faut aussi apprécier les « alors », « et », « argh », « QUOIIIIII ?!! », « Charliiiiiiie ! » « ?! », etc. Néanmoins, Emma Landas sait user de poésie et d’un soin tout particulier pour retranscrire les émotions. De même, elle est capable de jouer avec les rythmes, des refrains pour les accentuer selon certains chapitres.

Si vous appréciez les récits sombres, avec une héroïne tête brûlée, à la langue aiguisée, un héros torturé par son passé et tiraillé par ce que lui réserve l’avenir, des trames axées sur l’émotionnel avec un soupçon d’érotisme très loin d’être vulgaire, de la sensualité, Goran a de fortes chances de vous plaire.

 

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