Science-Fiction

Éternelle Odyssée d’A.F Lune

Je remercie les éditions Noir d’Absinthe pour ce service-presse et leur confiance !



« Rêveur éveillé, si Lune a une passion pour tous les genres de l’imaginaire il aime particulièrement la SF. Une carrière militaire, faite de rencontres et de voyages entre Europe et Afrique a constitué une réserve dans laquelle il puise son inspiration. Aujourd’hui, il vous emmène à la croisée des chemins, là où les frontières se brouillent et les récits s’épanouissent. »


Petite biographie trouvée sur le site de Noir d’Absinthe

La très belle couverture est signée Virginie Carquin qui a réalisé les couvertures d’Isulka et de l’Espion de la Reine pour Noir d’Abstinhe.



Résumé

Harms Moyser est un soldat Lycaon engagé sur le Prétorien, vaisseau spatial amiral de la flotte humaine. Au cours d’une bataille contre les Enkidous, l’ennemi héréditaire de l’humanité, le vaisseau est happé par une tempête stellaire et doit se poser en catastrophe sur une planète inconnue. L’équipage y découvre des hommes, au stade de civilisation antique, qui les prennent pour des dieux. Et si ces derniers n’avaient pas tort ?

Un texte unique, au carrefour entre Planet Opera et Tragédie grecque, véritable relecture des mythes antiques où dieux et hommes sont les jouets d’un Destin implacable.



Si vous êtes de la génération 80/90, à la lecture du résumé d’Eternelle Odyssée vous seriez à même de vous demander si ce roman ne serait pas un planet-opera inspiré d’Ulysse 31 ou une version interprétée… Eh bien, non. Si un mélange des genres similaires est avéré, la trame est très, très différente.

Nous entrons dans un univers très complexe, d’une densité à faire dresser les petits poils de la nuque et qui oblige le lecteur à rester attentif. Le début nous permet de rencontrer le héros principal de l’histoire, Harms Moyser, un Lycaon — un homme natif de l’espèce humaine survivante (et évoluée) de la Terre après un terrible cataclysme. Soldat émérite, il répond aux ordres des Hommes-Vrais, êtres humains d’une génération spatiale, descendante de la population ayant réussi à s’échapper de la Terre par navettes avant sa destruction. Loin d’aborder le concept d’esclavage, nous dirons plutôt qu’Harms fait partie d’une caste évoluée ayant bien moins de droits, voué à combattre pour les Hommes-Vrais dans une guerre qui les oppose aux Enkidous, créatures extra-terrestres redoutables. Un conflit pluriséculaire, interminable, qui tient la dragée haute à notre guerre de Cent Ans. Mais toutes ces subtilités ou ces informations primordiales pour la compréhension du récit vous sont données dès le départ : pas de repos pour les braves, on nous jette avec Harms dans une bataille épique où chaque seconde compte, après un prologue très intrigant qui sème son premier caillou sur le sentier de l’intrigue. L’auteur réussit à jouer sur un rythme intense dès les premières pages du premier chapitre tout en nous chuchotant quelques bases de son univers ; et le décompte des secondes qui contrôle chaque action fait pulser notre adrénaline, malgré que nous soyons perdus, fraichement débarqués à bord du Prétorien et aussitôt repartis en compagnie du trio de Harms.

(La Marmite n’a pas trouvé d’Enkidous sur Internet. C’est un complot.)

Rassurez-vous, passé la tension et le dynamisme du combat, l’auteur semble enfin s’assoir avec nous pour sa mise en place, développant davantage le background de son monde. L’auteur joue avec ses rythmes : posé, haletant, accalmie, shoot d’action, puis on redescend, on se repose… Si l’on évoque l’électrocardiogramme des scènes, il dépend aussi des différents arcs de l’intrigue. L’on peut en compter au moins trois, le second s’avérant le plus long, le plus porté sur l’introspection du héros, ses réflexions philosophiques et le traitement plus poussé de la mythologie grecque. Nous plongeons ensuite dans le troisième et dernier arc avant l’épilogue, qui rassemble alors toute la mise en place du départ, puis la conclusion de la seconde partie.

Les chapitres sont longs dans leurs richesses d’action et d’informations. Chacun d’eux s’ouvre sur une introduction en italique reprenant des extraits de l’Iliade, de l’Odyssée, […], qui donne un aperçu de ce qui nous attend au cours du déroulé à venir, nous glisse quelques indices ou prennent tout leur sens une fois le chapitre terminé. Cela prouve les nombreuses recherches de l’auteur, sa maitrise du sujet, mais aussi à quel point il sait où il souhaite aller, à quel point il a positionné tous ses pions à l’avance. Il nous reste plus qu’à découvrir l’échiquier prêt.

Dans ces mêmes chapitres, vous découvrirez des passages en italique qui sont des ellipses… sans être des ellipses. Des scènes volontairement amenées en « accéléré » qui font défiler les évènements ou le temps jusqu’au prochain nœud de l’intrigue. N’oubliez pas que nous sommes partis d’un prologue spécifique : gardez-le bien en tête à ce moment-là pour en comprendre l’utilité.

L’écriture est incisive, efficace, mais se plait à se perdre dans quelques descriptions plus poétiques pour nous en mettre plein les mirettes. Le niveau narratif est très bon et accorde à chacun des protagonistes sa propre élocution, son vocabulaire. Les reliefs des héros sont respectés du début à la fin tout en suivant leurs évolutions propres.

Les descriptions quant à l’aspect « science-fiction » sont très fournies et si vous n’êtes pas habitués du genre ou un physicien, astronome et nous en passons BAC +10, certains passages pourraient vous faire froncer les sourcils, puis hausser les épaules d’un air de dire : « OK, je le crois. » Mais cela permet d’étoffer davantage le contexte dans lequel évoluent les protagonistes.

La narration est d’un point de vue interne au récit, celui de Harms. Quelques libertés sont prises pour faciliter l’immersion du lecteur ou sa compréhension.

Concernant ces personnages, difficile de tous les aborder ici au risque de noircir dix pages pour la moitié d’entre eux. Si Harms est le héros principal, toute une palette de compagnons (frères d’armes, supérieurs ou autres rencontres dont nous tairons le contexte) accompagne Moysers dans son épopée. Ils sont nombreux et tous sont susceptibles de passer l’arme à gauche : soyez prévenus.

Du côté de Harms, c’est un héros taciturne, retranché sur lui-même et qui a fait de son complexe de taille comparé aux siens (un mètre quatre-vingt et quelques contre des tailles avoisinant les deux mètres vingt), une certaine force. Surnommé le Nain, il est redoutable au combat comme aux joutes de l’esprit. Intelligent, vif, implacable, il est l’un de ceux qui évoluent le plus au cours de l’histoire : son passé, son présent, son futur, tout cela l’impact plus rudement que les autres. Outre sa qualité de « héros », c’est un personnage qui réserve son lot de surprises.

Il amène plusieurs interrogations sur la notion de Temps, sur la famille, l’amitié et la loyauté, sur la conception du monde, voire de l’univers, sur la nature humaine et ce qui fait que nous sommes… ce que nous sommes. Plus encore, ce qui peut définir un « dieu », un « surhomme » ou un simple être humain. Des réflexions très intéressantes qui triturent nos méninges. Doit-on accepter de devenir l’un ou l’autre ? Est-ce possible d’être les trois à la fois et qu’est-ce que cela peut bien engendrer en nous ?

C’est un récit que l’on verrait bien en animé seinen, voire même en blockbuster.

Avant que la chronique ne s’éternise et vous plonge dans une torpeur placide, nous conclurons par ceci : Eternelle Odyssée est une claque. Une claque d’ingéniosité, d’originalité, qui change des récits habituels dans le genre science-fiction/planet-opera. C’est un imbroglio de personnages nuancés, que l’on aime, puis déteste, que l’on juge, puis que l’on cautionne. C’est un récit qui mitige avant de convaincre. C’est un texte qui fait frémir par sa cruauté… et son humanité. C’est une revisite de la mythologie inédite qui met un coup de pied à nos idées reçues. Peut-être en ressortirez-vous sans savoir si vous avez aimé ou non… peut-être vous poussera-t-il à y réfléchir et à replonger dans le souvenir de votre lecture. Peut-être stagnera-t-il dans votre tête, s’y installant le temps que vous méditiez sur ce que vous avez lu.

Et pour cela, on peut dire que c’est un roman brillant.

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4 thoughts on “Éternelle Odyssée d’A.F Lune

  1. Franchement, je suis bluffée par la justesse de ta chronique ! Je n’avais encore jamais vu ton blog mais c’est avec un vrai bonheur que je le découvre aujourd’hui, tes analyses sont très littéraires et par conséquent finement écrites ! En tout cas, j’ai aussi lu ce roman, et je rejoins globalement ton avis, les descriptions sont parfois dures à suivre mais globalement c’est vraiment une très bonne lecture !

    1. Bonsoir Etoile Livresque !

      Merci beaucoup pour ces compliments qui me vont droit au cœur, je suis ravie si mon analyse te plait.
      Pour cette chronique, l’exercice était assez complexe, je trouve : difficile de ne pas trop en dire au risque de spoiler ! Et je pense aussi qu’il y avait tant à dire que ça aurait été interminable si on oubliait la barrière de ledit spoil.
      Je crois avoir vu passer ta chronique (j’avais apprécié le montage et j’ai dérivé jusqu’à ton blog) ; il me semble que le dénouement de l’histoire ne t’avait pas convaincu, c’est bien ça ?

      Bien à toi,

      Alexiane

      1. Je suis d’accord, il est parfois difficile de ne pas spoiler surtout en science fiction et c’est pour ça que ma chronique était beaucoup plus courte ! J’avais peur de trop en dire même si je voulais en dire beaucoup 🙂 La fin m’a un peu laissé sur ma faim comme on dit, et je la voyais différente. Elle ne m’a pas non plus énormément dérangé mais c’est vrai que cela peut être parfois frustrant de ne pas avoir la fin escomptée !

      2. Je suis d’accord, il est parfois difficile de ne pas spoiler surtout en science fiction et c’est pour ça que ma chronique était beaucoup plus courte ! J’avais peur de trop en dire même si je voulais en dire beaucoup 🙂 La fin m’a un peu laissé sur ma faim comme on dit, et je la voyais différente. Elle ne m’a pas non plus énormément dérangé mais c’est vrai que cela peut être parfois frustrant de ne pas avoir la fin escomptée !

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