Fantastique

Chambre Nymphale de Maude Elyther

Je remercie Noir d’Absinthe pour sa confiance et ce service-presse !



La Marmite emprunte à nouveau les couloirs des éditions Noir d’Absinthe (très prolifiques en ce début d’année 2019 !) avec le premier roman de Maude Elyther : Chambre Nymphale.

La couverture est signée Marcela Bolivar dont nous avons découvert le travail en premier lieu, sur ce blog, via Vert-de-Lierre de Louise le Bars.

« De sa plume personnelle et lyrique, Maude peint des chemins onirico-fantastiques, où les rêves et cauchemars voient évoluer des monstres à visage humain, des chimères ou d’autres créatures. Les leitmotivs de santé mentale, de démons intérieurs viennent également nourrir des jardins étranges, convoquer l’hiver, faire rêver. « 

Biographie ici



Résumé

À la suite d’un traumatisme, Otto se trouve confronté à un paysage de désolation et de ténèbres. En proie à ses démons, il évolue dans un univers de sombres fantasmagories, recréant la réalité en l’arpentant dans sa sensibilité, flirtant ou communiant avec la folie. Entre ses instincts archaïques et le Monstre dévorant, la métamorphose opère.



Noir d’Absinthe nous propose une nouvelle fois un véritable OVNI littéraire.

Maude Elyther aborde des thématiques au fil d’une plume très personnelle qui vous fera réagir, en bien ou en moins bien en fonction de votre sensibilité.

Le récit est très visuel et en appelle à notre imagination, tant et si bien que c’est une véritable gymnastique de l’esprit afin de pouvoir s’imprégner au mieux du texte. Texte qui oscille entre onirisme et horreur-fantastique, le rationnel et l’aliénation. Le doute permanent et les interrogations du lecteur : est-ce que tout cela est vrai ? Ou bien n’est-ce qu’un delirium dans lequel nous plongeons à deux pieds joints ?

L’avantage d’un récit aussi surprenant est que nous pouvons lorgner le numéro des pages, dans l’expectative du final susceptible de nous donner toutes les réponses… au risque d’une révélation ultime qui nous laissera pantois. Dès le départ, nous comprenons qu’il faut s’attendre à tout, sauf à ce que nous prévoyons vraiment hormis quelques articulations qui se profilent et que vous découvrirez par vous-mêmes. Nous sommes en équilibre sur un fil déroulé par Maude Elyther, tels des funambules dépendants de la volonté de l’autrice : elle peut nous donner avant de reprendre.

La plume très personnelle joue du rythme, de la mélodie de la verve littéraire, de la poésie des mots et des sons, autant que de la mise en page audacieuse qui nous guide… comme elle peut nous perdre pour une seconde de déconcentration. Si certains peuvent être un peu déroutés par l’intrigue ou peu sensibles aux protagonistes et à ce qu’ils traversent, l’atypisme de l’écriture est une véritable découverte, une petite curiosité pour tout lecteur en quête d’originalité.

Mais elle est aussi à l’image d’Otto, nous immergeant dans son esprit sujet aux doutes, à la peur, à l’incompréhension.

Et à toutes ces voix…

L’écriture est un miroir et nous positionne en tant que reflet de cet esprit troublé, dément. Elle nous balade, égraine les miettes du moindre indice ou du moindre espoir du personnage. Elle est le labyrinthe d’Otto, la porte qui nous permet d’accéder à la conscience et l’inconscience du protagoniste.

Elle évolue aussi, en même temps que lui.

Il est palpable que l’autrice a donné énormément d’elle-même dans ce texte, au point que nous pourrions ne pas imaginer la main qui tient la plume, mais l’âme qui dessine les mots, qui raconte l’histoire d’Otto, cet homme torturé par son manque de souvenirs, sa folie (?), ses cauchemars… C’est si personnel, voire intime, que ce peut être embarrassant de lire ligne après ligne, lecteurs-voyeurs.

Il est très complexe de développer l’intrigue en se détachant de la quatrième de couverture, au moins un minimum… Le texte, l’histoire, sont tels des coups de pinceau jetés sur une toile noire. Tantôt des arabesques sanguinolentes, tantôt des billes luminescentes, c’est un maelström de couleurs (d’évènements), d’odeurs (d’émotions), et de textures (styles narratifs).

Maude Elyther se plait aussi à personnifier les éléments qui entourent ou troublent Otto. Une simple ombre peut prendre des allures dantesques, une fleur devenir femme, l’Hiver, une entité à part entière… Tout se mêle et brouille les pistes, et nous ne savons plus quel est le personnage réel du faux. Plus l’histoire avance, plus la frontière se réduit jusqu’à l’explosion, puis la retombée plus douce.

L’ambiance est anxiogène, lourde. Les ombres pesantes. Délicat de se raccrocher aux protagonistes secondaires dont on se méfie, même ceux qui attisent pourtant la sympathie d’Otto — à raison ? –, comme Stéphane. Ethan, le meilleur ami et surprotecteur lors de la convalescence d’Otto, s’amuse lui aussi à titiller nos suspicions ou à nous basculer d’une conviction à une autre le concernant.

S’il est question d’horreur, la beauté de l’écriture allège les scènes dures, cauchemardesques et infernales. Cette horreur — et nous y revenons — peut se rapporter à une toile peinte. C’est affreux, mais nous sommes obnubilés par l’art qui l’illustre. Nous restons plantés devant ce tableau, bien conscients pourtant de la scène terrifiante, voire répugnante, qu’elle représente, le regard fixé sur les textures, l’harmonie des couleurs, les contrastes, le style, ce coup de pinceau plus particulier qu’un autre qui offre à telle silhouette plus de cachet qu’à sa voisine…

Et on apprécie.

L’horreur est belle.

Vous l’aurez compris, Chambre Nymphale est un roman qui s’adresse différemment à chaque lecteur. Tout dépend de qui vous êtes, de votre sensibilité, de votre ouverture d’esprit et tant d’autres facteurs qui nous rendent uniques. Et c’est cette conception de « l’unique » qui rend la lecture intime et « unique » pour chacun.

Toi qui lis cette chronique, tu seras peut-être tenté par ce texte. Toi qui découvres Chambre Nymphale, tu reviendras peut-être voir la Marmite pour lui dire : « Tu as tout faux, moi, je l’ai interprété comme ceci. »

Et tu auras raison.

Tout le monde aura raison.

Parce que c’est cela qui est magnifique : un texte qui peut être interprété de mille et une façons, et trouver mille et une résonnances…


Publicités

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.