Fantastique, Roman contemporain

Absurditerre d’Azelma Sigaux

Je remercie l’autrice pour sa confiance et ce deuxième service-presse qui m’a vraiment comblée ! Au plaisir d’un nouveau partenariat !


Née en 1989 en région parisienne, c’est en Haute-Loire que Azelma Sigaux puise son inspiration. Petite-fille de l’écrivain Gilbert Sigaux, elle a dans le sang l’écriture, la lecture et l’art sous toutes ses formes. En 2012, elle décide d’écrire son premier roman et signe chez Rebelle Editions. Elle tire ses inspirations de Marcel Aymé, Rayond Queneau ou encore Orson Scott Card.
Nous vous invitons à faire un petit tour sur son site web si le cœur vous en dit : site officiel.

Nous avons déjà eu le plaisir de découvrir l’un de ses romans En toute Transparence courant mai 2018 (chronique ici); Absurditerre est donc le second service-presse nous permettant de retrouver la plume d’Azelma Sigaux. Roman encore édité chez Rebelle Editions.

La très jolie couverture a été réalisée par Karen M.

Vous avez peut-être déjà eu l’occasion de rencontrer l’autrice dans diverses émissions de télévision ou chroniques radio.

Une nouvelle fois, Azelma Sigaux nous propose un récit ludique, traitant certaines critiques de notre société avec finesse, dérision et intelligence.

En l’an 3000, notre bonne vieille planète a bien évolué. Un futur utopique où l’argent, les frontières, la tyrannie, le racisme, la pollution et tant d’autres fléaux/habitudes de notre propre époque n’existent plus. Afin de perpétuer cette prospérité, plénitude et cette paix, l’Éducation décide d’intégrer un nouveau programme scolaire afin que les enfants comprennent les plus grandes erreurs de l’Humanité et ce qui a permis à la Terre de devenir ce qu’elle est en 3000. Rami, un instituteur du Bois Etoilé, est donc chargé d’instruire ses petits élèves sur l’Histoire de l’Ancien Monde.

 

Extrait :

« Ne cherchez pas à suivre un ordre chronologique, fit Rami à ses élèves. Les textes ont été choisis pour leurs propos et non pour leur époque. Chacun de ces récits doit être entendu comme un conte. Il s’agit de démontrer, par des évènements précis ou de simples anecdotes, que les créations humaines poussées à l’extrême sont néfastes. L’objectif est de prouver que certaines situations peuvent devenir absurdes lorsqu’elles sont exagérées. »

 

Si En toute Transparence pouvait s’adresser à un public assez jeune, Absurditerre demande un peu plus de recul et de maturité pour comprendre le véritable fond de ce récit. Il est néanmoins vrai qu’il peut y avoir deux lectures : une, plus légère et « sans prise de tête », vouée à apprécier la qualité d’écriture et l’imagination, une seconde, plus lourde de sens et de philosophie.

Ici, la narration est fractionnée en plusieurs contes, parfois interrompus par les élèves de Rami qui s’interrogent, s’indignent ou éclatent de rire.

Pour commencer, Azelma Sigaux met en place son Nouveau Monde afin que nous comprenions bien où nous atterrissons et pour que nous appréhendions au mieux les enseignements de l’instituteur. Elle prend le soin de décrire les décors, les nouvelles mœurs et modes de vie. Les descriptions sont passionnantes, loin d’être pesantes ou lassantes ; toutes servent à notre assimilation et immersion. Elles frôleraient presque nos fantasmes de vie idyllique. Aussi, grâce à cette mise en place, nous comprenons pourquoi ce programme sur l’Ancien Monde est imbriqué dans le système éducatif et l’état d’esprit de Rami lorsqu’il doit aborder le premier jour d’école au Bois Etoilé. Ainsi, nous pouvons être mitigés comme enthousiastes à cette idée.

L’autrice nous propose une série de contes en soignant ses diverses transitions : nous basculons de l’un à l’autre en un enchainement logique qui nous permet de suivre le fil sans se perdre. Les thématiques sont abordées avec finesse, intelligence, mais Azelma utilise tous les outils à sa disposition pour retranscrire ses contes qui pourraient inspirer les fables. Une nouvelle De la Fontaine à sa manière ? Il est vrai que les morales soulevées, parfois donc avec les solutions débouchant sur le monde utopique de Rami et ses élèves, poussent à réfléchir et à s’interroger. Toutefois, tous les thèmes ne sont pas évidents et il faut parfois avoir l’estomac quelque peu accroché ; mais il est sans doute question d’une volonté de l’autrice de nous placer face à notre propre hypocrisie et décadence. Un uppercut qui ponctue notre lecture, interpelle et reste en mémoire.

Tout comme le titre le laisse à penser, l’absurde est bien souvent de mise, traitant des sujets tantôt avec humour, tantôt avec une étrangeté qui pousse le lecteur à s’interroger sur la pertinence du conte en lui-même et sur ce qu’il peut amener. Néanmoins, l’autrice sait rebondir avec ses différents personnages nés dans l’Utopie (Nouveau Monde ?) et les fait devenir nos propres interrogations et autres interventions. Rami est surtout là en guise de pont, joignant les faits de l’Histoire et de l’explication de ses échecs, et la translation, interprétation des enfants.

Enfants qui sont loin d’être toujours agréables, hérissés de piquants dans leur verbe qui peut mettre à mal notre égo d’individus du 21e siècle ! Par ailleurs, ils ont tendance à jouer sur les nerfs de leur instituteur qui doit garder son calme et, en soi, c’est un profond indicateur de sa qualité d’être humain, de cette nature qui ne peut changer malgré toutes les bonnes résolutions et l’évolution pluriséculaire. La colère, l’impatience, l’excitation, le rire, la joie, la tendresse… Ce qui peut, en outre, faire le propre de l’Homme.

Le fantastique reste assez présent, voire parfois la science-fiction, couplé à l’absurde que nous avons évoqué plus haut, afin de corroborer le dérouler des contes. C’est donc sans réelle surprise (ou presque) que nous rencontrons un chat qui parle, une énorme machine avec un marqueur géant voué à tracer une ligne sur le territoire de tout un pays, des Aliens… bien sûr, nous ne préciserons pas dans quel contexte ni intérêt tous ces protagonistes et objets s’imbriquent dans le récit.

C’est l’un des points forts d’Absurditerre : sa capacité à nous étonner, nous intéresser, interroger, tout en maintenant l’intérêt sur 193 pages. Vous pourriez être surpris de, par exemple, poser le roman après avoir lu un ou deux contes, satisfaits de votre lecture pour y revenir le lendemain ou quelques heures plus tard. Il peut néanmoins être englouti en quelques heures, mais la rythmique de la narration et des fractionnements peut pousser à prendre son temps pour savourer ces multiples histoires comme des enfants devant un Père Castor. Au final, les lecteurs ne font-ils pas eux-mêmes partie de la classe de Rami ? Ne sommes-nous pas les élèves instruits ? Après tout, nous découvrons comme Capucine, Léo, Cédric, Paul […] les cours avec curiosité, gourmandise et soif de comprendre, avides des prochaines aventures.

Bien sûr, il est évident que tout le monde n’adhère pas aux morales ou à la tournure de certains contes, voire à certains aspects de ce « Nouveau Monde. » C’est à la liberté de chacun d’interpréter et de réfléchir sur ce qu’il lui semblerait le plus pertinent. Azelma Sigaux laisse une certaine ouverture aux réflexions et interprétations.

 

Extrait :

« L’utopie est l’idéal de celui qui se le représente. À chacun son idéal. »

 

Mais Absurditerre est bien ce qu’elle semble être ? Un point très important n’est pas foncièrement abordé et constitue un twist majeur qui, là encore, participe à notre implication au sein du récit. Notre réflexion nourrit notre perception de la lecture… et sa conclusion.

C’est un texte brillant et accessible que nous propose Azelma : une lecture aisée et très plaisante grâce à la plume ainsi qu’à la façon de narrer, tout en nous poussant à méditer sur les messages qu’elle tend à faire passer. Comme dit plus haut, deux lectures sont possibles et c’est ce qui peut constituer un très bon texte.

Une belle réussite !

 

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