Anthologie, Fantastique, Horreur, Thriller

A bout de mères de Rachel D. Forêt

Je remercie le collectif Otherlands pour ce service-presse et sa confiance !



« En couple depuis 10 ans et mère de deux garçons, 1 de six ans et 1 bébé. Éducatrice spécialisée à ses heures perdues (35h par semaine) et le reste du temps, elle alterne entre plusieurs rôles : conjointe parfaite, maman disponible (mais jamais assez), lectrice assidue (et éclectique), apprentie scribouillarde (ou auteure en herbe si vous préférez).
Très sociable même si elle préfère nettement la tranquillité. Elle préfère les dîners entre amis que les sorties en boîtes de nuit et aller flâner dans une librairie plutôt que de se perdre dans les rayons fringues.

Petite conclusion : Rachel pour l’hommage, D. pour le présent (son mari, son fils) et Forêt pour les racines maternelles (Non sa mère ne s’appelle pas Forêt et heureusement pour elle, mais son prénom y est rattaché). Le tout la constitue. »

Biographie disponible sur Babelio



Les mères amères sont à bout.
Le reflet dans le miroir s’est teinté des plus sombres pensées, des plus noirs desseins.
Mères monstrueuses, égoïstes, passives, impuissantes…
Qu’elles subissent, agissent ou réagissent, elles souffrent à travers et pour leur enfant.
Derrière la comédie des apparences, les neuf nouvelles de ce recueil explorent les facettes obscures de l’âme humaine.

Le stress post natal existe, et toutes les pensées et actions qu’il engendre sont développées dans ce recueil aux tons fantastiques, au travers des nouvelles écrites par Rachel D. Forêt



À notre époque, la mère se doit d’être parfaite. Une wonder-woman qui doit tout assumer : vie sentimentale, vie professionnelle, vie familiale, toujours être bien apprêtée, bien entretenir sa maison, penser à tout, tout le temps et pour tout le monde, et ne jamais s’en plaindre. Être mère exige la perfection, parce qu’elle est femme encore en proie aux stéréotypes, et maman parce qu’elle l’a choisi et qu’elle est désormais responsable. La pression est infernale et les écarts, les burn-out, tabous.

Les mères doivent aimer leur enfant dès le début.

Les mères doivent aimer davantage leur enfant dès qu’il vient au monde.

Les mères doivent être irréprochables.

C’est un heureux évènement, c’est beau, c’est puissant. Quel merveilleux sourire, quel merveilleux avenir…

Dans cette chambre à la maternité, tout le monde s’attend à ce que la symbiose soit là, concrète, immuable…

Que se cachent-ils derrière ces façades ?

Qu’en est-il en réalité de ces femmes perdues, déboussolées, apeurées cloitrées dans le carcan sociétal et des bien-pensants ? Victimes des autres ? Victimes de ce que l’on attend d’elle et des traditions ?

Que deviennent ces femmes qui se transforment en mères, changeant radicalement de vie, commençant déjà ses sacrifices, au quotidien et au corps chamboulés ?

Peut-être que le silence derrière ces sourires recèle cette facette obscure et taboue. Cette angoisse qui musèle les lèvres tremblantes, étouffe les cris désespérés, emmure les sentiments inavouables.

Dans ce recueil, neuf nouvelles dépeignent ce sujet très sensible de la maternité en explorant les reliefs les plus sombres. À cœur bien accroché et prévenu, vous soulèverez le voile pour plonger dans « ce qu’il ne faut pas dire », « ce que l’on ne doit pas voir ».

Plusieurs portraits se dessinent, plusieurs états d’âme se confrontent ou se réverbèrent entre eux…

La dépression, le rejet, l’infanticide, la mort subite du nourrisson, le deuil, l’impuissance d’une mère…

L’autrice s’adresse à nous dès les premières pages, nous expliquant sa démarche, ce qu’elle souhaite transmettre, et aborde le sens des diables bleus. De quoi nous mettre dans de bonnes conditions pour entamer la suite.

Souvent d’un genre fantastique, nous suivons les courtes histoires de neuf femmes. Légendes empruntées, croyance extrémiste, un monde contemporain dans lequel l’on peut devenir invisible, un autre où les forêts réclament leur dû… Plusieurs contextes servant de cadre au miroir qui nous offre le reflet le plus sombre de la maternité.

La plupart des nouvelles — si ce n’est une grande majorité — sont écrites du point de vue interne au récit, nous immergeant d’autant plus dans la psychologie de ces mères à bout de nerfs. C’est intimiste, au point que cela peut être troublant, voire dérangeant. Comme si nous ouvrions le journal de quelqu’un qui contiendrait tous ses plus sombres secrets, comme si nous jetions un œil à un crâne ouvert pour vampiriser toutes les pensées qui s’y trouvent, peu importe leur teneur… Et pourtant, derrière la forme et les symbolismes, sous la nappe de fantastique, se cache en réalité une psychologie profonde et souvent incomprise. Cautionnable ou non.

Les textes sont tous très bien écrits ; la plume de l’autrice ne se trahit pas d’une nouvelle à l’autre. Les descriptions indispensables sont là où il faut, aucune lourdeur… Mais ce n’est pas le style d’écriture qui compte avant tout ici. Nous ne sommes pas dans la recherche d’intrigues complexes, creusées, avec des twists… Ici, les émotions ont la primauté. Celles de nous percuter de plein fouet, de nous remuer, provoquer quelque chose en nous.

Bien entendu, certaines chutes sont surprenantes et très adéquates pour des nouvelles. Nous attendons la fin, nous interrogeant sur la conclusion finale, supposons… et nous inquiétons surtout. Quelle sera l’issue ? « Aurais-je le courage d’aller jusqu’au bout ? Ai-je vraiment envie de savoir ? »

Nous pensons que le but de ce recueil n’est absolument pas d’incriminer ces femmes et mères, de les pointer du doigt — sauf peut-être une exception ? – mais plutôt de les présenter, de dire « Voilà, écoutez ce qui se cache derrière les silences. »

Pour les lectrices-mamans, la lecture pourra s’avérer très difficile pour certains textes. Mais difficile aussi dans le sens où chaque trait nous renvoie à ses propres reflets, ses pensées noires, si sombres, que l’on n’avoue pas et qui nous traverse l’esprit lorsqu’elles ne s’installent pas.

Comme précisé plusieurs fois, tout n’est pas à prendre au pied de la lettre, bien entendu. Nous songeons notamment à Nuit invisible, un texte très dur — l’autrice en dit quelques mots dans sa note de départ, d’ailleurs.

Ce recueil désacralise le rôle de la mère et la perfection que l’on attend d’elle, l’amour immédiat et irrévocable, il ouvre les portes du tabou.

Il humanise la mère.

Si l’horreur peut nous submerger, l’incompréhension, mais aussi une part d’identification, c’est à la fois un message qui pourrait chuchoter : « c’est humain » ; « vous n’êtes pas seule. »


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